Les statistiques éloquentes

Il n’y a pas que la communauté acadienne qui fourbit ses arguments pour que le CRTC force les services français d’information de Radio-Canada à jouer leur rôle d’organe d’information nationale.

On se rappellera que la Société nationale de l’Acadie avait dévoilé l’étude de Marie-Linda Lord sur le contenu des bulletins d’information du Téléjournal à Radio-Canada. Comme vous l’avez lu dans nos pages hier, le sénateur québécois Pierre Debané a demandé à l’Université Carleton d’effectuer une étude semblable, mais pour l’ensemble du Canada. Les deux études arrivent sensiblement au même résultat: les services d’information français de Radio-Canada sont tournés bien davantage sur la couverture de l’actualité québécoise que sur la couverture de l’actualité canadienne. Et ce n’est pas faute de ressources.

Ce qui différencie les deux études, entre celle de Madame Lord et celle d’un prof de l’Université Carleton, c’est que cette dernière met en lumière le nombre important de postes liés à la diffusion de l’information dans le service de langue française d’information à Radio-Canada: CBC dispose de 687 postes, Radio-Canada en compte 604.

La semaine dernière, au Réseau de l’information (RDI), qui se veut un service national d’information pour les francophones du pays, 25 minutes du bulletin ont été consacrées à la couverture de l’entente de principe intervenue entre la Ville de Montréal et le syndicat des cols bleus. Puis a suivi une autre nouvelle axée sur Montréal où l’entretien avec la journaliste a duré un autre vingt minutes. Quarante-cinq minutes d’un bulletin qui devrait être d’intérêt national ont été consacrées à deux événements à Montréal. Ces deux longues nouvelles auraient dû être réservées pour le bulletin de la station de Radio-Canada à Montréal.

Dans l’étude de l’Université Carleton, on lit qu’au Téléjournal du soir de Radio-Canada, durant un mois, seulement six pour cent de nouvelles portant sur des nouvelles en provenance des provinces et des territoires ont alimenté le contenu de l’émission «d’information nationale».

Pourtant, le réseau français de Radio-Canada peut compter sur des journalistes d’expression française d’un bout à l’autre du pays. Mais à moins d’une catastrophe extraordinaire, et nous exagérons à peine, les «journalistes régionaux» ont rarement l’occasion de contribuer au Téléjournal du soir. Ce n’est pas une perception, ce sont les statistiques de l’étude de l’Université Carleton qui documentent cette réalité.

Bien sûr, on nous dira qu’au Réseau de l’information il y a bien un bulletin qui vise à fournir cette information en provenance de toutes les régions du Canada, et que son contenu ne fait pas partie de l’étude. Le bulletin Le National est diffusé tous les jours.

Il faut croire que la culture du service d’information français de Radio-Canada d’accorder tant d’importance à Montréal est bien implantée. Après tout, depuis que Michel Cormier en assume la direction, nous n’avons pas perçu de différence notable à ce chapitre. Après à peine six mois dans ses nouvelles fonctions à Montréal, c’est peut-être trop demandé à M. Cormier.

Nous n’entretenons aucun doute que la Société Radio-Canada sera bien préparée pour affronter le CRTC dans sa demande de renouvellement de licence de diffusion. En voulant répondre à tous les mémoires critiques qui ont ou qui seront présentés à propos de la licence de Radio-Canada, peut-être entendrons-nous de la société d’État des engagements plus fermes quant au contenu pancanadien qui sera désormais entendu au Téléjournal de fin de soirée.

Si tel est le cas, peut-être que M. Cormier tiendra à sa disposition l’argumentaire nécessaire pour opérer le changement de culture à la salle «nationale» des nouvelles à Montréal. Après tout, durant son court passage à Moncton, Michel Cormier n’a pas hésité à effectuer des changements même s’ils ont été parfois contestés.