Une question de priorités

Personne n’est tombé à la renverse quand le ministre des Transports, Claude Williams, a annoncé la semaine dernière que la route 11 ne sera pas élargie à quatre voies de Shediac à Miramichi dans les prochaines années.

Après la Transcanadienne, puis la route 1 (St. Stephen à River Glade), on serait porté à croire que c’est maintenant au tour de la route 11 de passer à quatre voies. Ce n’est pas le cas, du moins pas tout de suite. Le gouvernement provincial n’a pas assez d’argent, et tente de négocier une participation du fédéral. En attendant, il faudra être patient.

Le ministre Williams a le mérite de donner l’heure juste. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il n’a pas tenté de nous faire avaler que cette route sera élargie avant une date fixe. Il a plutôt présenté un projet plus modeste, lequel comprend une longue section de 75 km (de Bouctouche aux environs de Miramichi) qui devra rester à deux voies, avec quelques voies de dépassements.

Nous sommes loin du gouvernement libéral de Shawn Graham, qui avait promis les quatre voies de Shediac à Miramichi, mais qui a finalement privilégié d’autres projets, plus au sud… À sa décharge, il avait entrepris lui aussi des discussions avec le gouvernement Harper afin de partager les coûts de réfection de la 11, mais sans résultat.

Nous accueillons positivement la franchise du ministre Williams dans ce dossier. Mais la déception reste aussi cruelle, surtout que rien ne laisse croire qu’il obtiendra plus de succès dans sa quête pour aller chercher des sous à Ottawa.

L’argent ne pousse pas dans les arbres, c’est un fait. Tout est donc une question de priorités. Et si Fredericton est incapable de trouver 1,5 milliard $ pour améliorer la principale voie routière de l’est de la province, c’est parce qu’au cours des années, il a préféré investir cet argent ailleurs. Parfois dans des infrastructures routières. Parfois non.

Quelques exemples. En 1999, le gouvernement de Bernard Lord a été élu en promettant d’enlever le péage qui avait permis la construction d’une autoroute transcanadienne à quatre voies entre Fredericton et Moncton. Coût pour les contribuables: environ 1 milliard $.

Le 25 octobre, les automobilistes du Sud-Ouest pourront rouler sur la route 1, qui passe à quatre voies. Cette artère est deux fois moins achalandée que la 11, et mène sur une petite route rurale près de Calais, au Maine. Coût des travaux: environ 540 millions $.

Dans un autre registre, on peut rappeler les quelque 650 millions $ qui ont été investis pour remettre à neuf la centrale thermique de Coleson Cove (le fiasco du contrat de l’orimulsion), ou les 2,5 milliards $ investis dans la centrale nucléaire de Pointe Lepreau.

Les moyens du gouvernement du Nouveau-Brunswick ne sont pas illimités. Mais il est encore capable de générer des centaines de millions de dollars pour ses priorités. Et la route 11, au risque de se répéter, n’est jamais une priorité, quoi qu’en disent les politiciens.

Cela ne signifie pas que les Acadiens du Nord-Est sont systématiquement ignorés. La voie d’évitement de Tracadie-Sheila est une belle réussite. Mais il aura quand même fallu une bonne quinzaine d’années pour construire 16,5 km.

Dans le cas qui nous préoccupe, le ministre Williams affirme que le tour de la 11 est enfin arrivé. Mais il précise qu’il n’a pas les moyens d’agir sans l’aide du fédéral, et qu’une nouvelle entente devra être négociée. L’optimisme n’est pas encore de mise. L’attente se poursuit.

La stratégie des petits pas de Claude Williams, qui veut diviser le projet en plusieurs parties plutôt que d’avaler d’un coup une tartine de 1,5 milliard $ est sans doute la bonne. Qui sait s’il ne réussira pas à convaincre Ottawa d’investir dans la section la plus critique, entre Bouc­touche et Shediac (plus de 15 000 automobilistes par jour)? Mais en attendant la pose des premières couches d’asphalte, et le moment où les longues files de voitures seront chose du passé dans cette région, nous demeurons sceptiques.