Les Jeux des Acadiens

Cela fait plusieurs années que des discussions ont lieu à propos des Jeux de l’Acadie. Faut-il ajouter ou enlever des sports? Miser sur l’élite ou la participation? Devraient-ils avoir lieu aux deux ans? Ou même l’hiver? Après des années de tergiversation, la Société des Jeux de l’Acadie a finalement plongé.

Ce ne sera un choc pour personne, le format des Jeux reste plus ou moins le même. Après tout, on ne touche pas comme on veut à la plus importante manifestation sportive annuelle en Acadie. Surtout quand cet événement est en plus une source de fierté pour des milliers de jeunes francophones, mais aussi pour les communautés qui les accueillent, le temps d’une semaine.

Les décisions adoptées le week-end dernier par la Société des Jeux de l’Acadie en ont laissé quelques-uns pantois, à commencer par l’élimination d’un des symboles les plus forts des Jeux, soit la remise du drapeau à la délégation qui a recueilli le plus de points pendant les compétitions.

C’est toutefois un choix qui se défend. Le Sud-Est a remporté le premier rang de ce classement général final tellement souvent au cours des années que la Société des Jeux de l’Acadie en était rendue à modifier ses règlements et à comptabiliser des catégories, comme l’esprit sportif et l’amélioration, pour donner l’occasion à toutes les délégations de pouvoir remporter ce drapeau des Jeux une fois de temps en temps.

On peut même se demander si un jeune Restigouchois peut être moins désireux de participer aux compétitions quand sa délégation termine le plus souvent vers la queue de ce classement, bientôt aboli.

De même, il faut noter que ce principe du «champion» du classement général est propre aux Jeux de l’Acadie. À titre d’exemple, les États-Unis ont dominé le classement des médailles aux Jeux olympiques de Londres cet été. Ils n’ont pas pour autant obtenu un prix spécial du Comité international olympique pour cet exploit.

La Société des Jeux de l’Acadie nous réservait cependant une autre surprise. Elle a fait le grand ménage dans ses disciplines sportives en éliminant pas moins de trois sports: le tennis, la balle molle et le basketball. Il s’agit de trois sports historiques, pratiqués à travers le monde, qui offrent aux jeunes d’aujourd’hui des idoles à imiter.

Si la disparition du tennis surprend peu d’observateurs informés (les représentants de certaines régions pratiquaient ce sport pour la première fois quelques semaines à peine avant les Jeux), celle de la balle molle et du basketball sont plus difficiles à défendre. On a beau dire que ces sports sont en perte de vitesse, il reste qu’ils sont pratiqués dans la majorité des régions acadiennes et implantés dans plusieurs écoles.

Ce n’est pas nécessairement le cas pour les nouveaux sports qui font leur apparition. Si le vélo de montagne a gagné en popularité grâce aux X-Games et son arrivée aux Jeux olympiques, le frisbee ultime est loin d’avoir mérité ses lettres de noblesse à travers le Nouveau-Brunswick, le Canada ou le monde. Faire de ce jeu pratiqué dans une poignée de régions une discipline officielle au détriment de sports plus établis semble au mieux audacieux, et au pire mal avisé. L’avenir nous le dira.

Ce n’est pas la première fois de l’histoire que la Société des Jeux de l’Acadie élimine des sports. Par le passé, des disciplines comme la gymnastique et le cyclisme ont fait le bonheur des athlètes, avant d’être éliminées pour diverses raisons. Mais cette fois, on sent une volonté ferme de moderniser l’événement et de le rendre plus attrayant auprès des jeunes (ceux pour qui il a été créé après tout).

D’où l’implantation de disciplines plus jeunes, plus spectaculaires. Les Jeux de l’Acadie essaient d’être de leur temps.

Soulignons aussi l’inclusion des athlètes aux prises avec un handicap au sein d’une nouvelle discipline, le para-athlétisme. Une excellente initiative.

L’ajout d’un volet culturel (un emprunt des Jeux de la Francophonie) ne peut qu’être applaudi. Les Jeux ont beau être une compétition sportive et l’occasion de développer des infrastructures sportives, ils doivent aussi être un phare pour la francophonie des Maritimes. Un volet culturel solidifiera encore plus cette mission.

Les Jeux de l’Acadie ne doivent pas faire l’erreur de stagner. Plus de 1000 jeunes sportifs participent à cette grand-messe chaque année, sans compter les centaines de bénévoles. Les Jeux doivent poursuivre leur évolution et surtout continuer d’être les Jeux des Acadiens, s’ils ne veulent pas à la longue tomber dans l’indifférence. Ces changements s’inscrivent dans cette démarche, et sont de bon augure.