Découvrir le vrai Brian Gallant

Ceux qui ont assisté au congrès au leadership du Parti libéral du Nouveau-Brunswick le week-end dernier ont pu entendre l’ancien premier ministre Shawn Graham livrer son testament politique. Il a présenté sa version de ses années au gouvernement, affirmant avec force qu’il ne regrette rien.

Les historiens trancheront sur la valeur réelle de ce gouvernement. À court terme, les discours ne changeront rien à l’impression générale d’improvisation et d’échecs qui a accompagné cette admi­nistration pendant quatre années, tant au chapitre des finances publiques que des politiques.

Cet épisode étant derrière eux, les libé­raux pouvaient passer à autre chose. C’est ce qu’ils ont fait en élisant à la tête du parti Brian Gallant, un avocat du Sud-Est âgé de 30 ans. L’ampleur de la victoire du nouveau chef sur son plus proche rival, Michael Murphy, démontre que les militants ne voulaient pas renouer avec quelqu’un de l’époque Graham. M. Murphy a beau avoir quitté le parti en mauvais terme lors de la tempête qui a accompagné la tentative de vente d’Énergie NB à Hydro-Québec, pour le commun des mortels, il est surtout connu pour ses années en tant que ministre de la Santé, puis de la Justice, de 2006 à 2010.

Cette course à la direction a moins été un triomphe pour Brian Gallant qu’un référendum contre Mike Murphy. Même si ce dernier nous réserve peut-être encore des surprises, il est probable qu’après un tel camouflet il va retourner tranquillement à sa pratique du droit et mettre fin à sa carrière politique.

Pendant ce temps, une nouvelle ère débute, celle du chef Gallant. Nous avons hâte de voir de quel bois il se chauffe. Tout au long de la campagne, il a pris soin de ne pas se mouiller sur les enjeux. Lors d’une rencontre éditoriale au siège social de l’Acadie Nouvelle pendant la campagne, nous avons été déçus de l’entendre débiter des généralités sur des questions importantes telles que le rattrapage en santé chez les francophones, les droits linguistiques, le développement économique dans les régions rurales et le développement de l’industrie des gaz de schiste.

Il devra faire mieux s’il veut convaincre les Néo-Brunswickois dans une campagne électorale. Le gouvernement de David Alward n’a pas impressionné depuis son arrivée au pouvoir, il y a deux ans. Mais il n’a rien fait non plus pour se mettre l’électorat à dos et se battre tout seul aux prochaines élections.

Brian Gallant a peu d’expérience en politique. Il devra donc bien s’entourer. Un autre jeune chef, Shawn Graham, avait fait l’erreur de s’entourer des mandarins de l’ère McKenna (1987-1997). La formule, qui avait si bien fonctionné à l’époque, a été désastreuse dans les années 2000, au point où l’ancien chef de Cabinet sous Louis J. Robichaud, Robert Pichette, y était allé de cette formule assassine, mais qui est restée: «Une bande d’amateurs sans talent».

La meilleure façon pour M. Gallant de montrer son vrai visage aux électeurs sera de se faire élire, tout simplement. Il préfère attendre la refonte électorale avant de plonger, et c’est de bonne guerre. Il ne devra toutefois pas attendre les élections de 2014 Deux ans, c’est long, surtout quand on est très peu connu des électeurs. C’est en siégeant à la législature et non en participant à des cocktails du Parti libéral que le nou­veau chef pourra montrer aux Néo-Bruns­wickois s’il est une solution de rechange crédible au premier ministre actuel, et non une coquille vide.

À court terme, aucun siège n’est disponible. Il n’y a aucune élection complémentaire en vue. Nous appelons Shawn Graham à faire la chose honorable et démissionner de son poste de député de Kent. Au cours de la dernière session, il a pratiquement été invisible à la législature, n’a été membre d’aucun comité et n’a été critique d’aucun ministère, sans compter son taux d’absentéisme très élevé. Il est temps qu’il laisse sa place, et surtout qu’il laisse la chance à son successeur de faire ses preuves et de subir le test de l’électorat.