Les bons conseils

Cette semaine, le dossier du gaz de schiste a refait surface. D’une part, la médecin hygiéniste en chef, la Dre Eilish Cleary, a exposé devant un auditoire d’une centaine de personnes un survol du rapport qu’elle a soumis au gouvernement il y a quelques semaines. D’autre part, l’ancien premier ministre Frank McKenna et son chef de cabinet à l’époque, Francis McGuire, aujourd’hui PDG de Major Drilling, ont aussi partagé avec la presse leur opinion sur l’industrie du gaz de schiste.

Au départ, les deux points de vue, celui de la Dre Cleary et celui de messieurs McKenna et McGuire, ne partent pas de la même perspective. La préoccupation primordiale de la Dre Cleary porte sur la santé publique au Nouveau-Brunswick. L’opinion des anciens dirigeants de la province aborde le dossier d’un point de vue économique.

Les deux perspectives ne sont pas mutuellement exclusives: il serait possible de développer une activité économique basée sur le gaz de schiste sans nécessairement mettre en danger la santé des citoyens de la province. Pour y arriver, toutefois, le gouvernement doit mettre en place toute une armada de ressources et un cadre règlementaire à la mesure du défi que représente la protection de la santé publique contre les effets néfastes relativement bien connus de l’exploration du gaz de schiste. Comme son rapport l’explique au sommaire: «Il importe aussi de souligner que les recommandations du MHC (NDR: médecin hygiéniste en chef) ne constituent pas une évaluation complète de tous les risques pour la santé qui s’appliquent dans le contexte néo-brunswickois. Leur but est toutefois d’aider à amorcer un dialogue sur les incidences potentielles de l’exploitation du gaz de schiste sur la santé et des mesures pouvant être prises à cet égard… Le coût du financement nécessaire à l’application des recommandations doit encore être déterminé, mais on sait qu’il pourrait ne pas être négligeable et qu’il pourrait être possible de faire absorber une bonne partie des coûts à l’industrie… Le mandat du Bureau du médecin hygiéniste en chef est d’améliorer, de promouvoir et de protéger la santé de la population du Nouveau-Brunswick. À la lumière de ce mandat, il est évident que, si l’on prend la décision de développer l’industrie du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick, le gouvernement doit prendre des mesures ciblées et stratégiques dont la visée réside dans la prévention et l’atténuation, y compris, développer la capacité des services et des infrastructures provinciales et régionales, afin de limiter les risques de répercussions négatives sur la santé.» Pour le moment, le gouvernement n’a pas encore procédé à des investissements en ressources et en matériel de surveillance, ni au bureau du médecin hygiéniste en chef, ni au ministère de l’Environnement.

Quant aux déclarations de messieurs McKenna et McGuire portant sur le potentiel de création d’emploi et de retombées économiques, sur le plan théorique il est tout à fait logique de penser que le développement de l’industrie du gaz de schiste puisse présenter une voie intéressante. L’impact, par exemple, dans l’État de la Pennsylvanie a été très important. La richesse des gisements de gaz naturel dans cet État a effectivement conduit à la création de dizaines de milliers d’emplois et à l’enrichissement modeste de propriétaires fonciers. Le problème au Nouveau-Brunswick réside dans le fait que nous ne connaissons pas encore l’importance réelle des gisements de notre sous-sol. Nous savons qu’il existe des gisements, mais les quantités de gaz naturel renfermées dans notre sous-sol demeurent davantage l’objet de spéculations plutôt que d’observations objectives. Par conséquent, l’importance des retombées économiques que le Nouveau-Brunswick pourrait en tirer reste un exercice théorique.

Messieurs McKenna et McGuire nous conseillent de garder l’esprit ouvert et de ne pas fermer la porte à une opportunité économique susceptible de changer dramatiquement les niveaux d’emploi au Nouveau-Brunswick. La Dre Cleary nous conseille de procéder en mettant en place des mécanismes de surveillance de l’évolution de la santé publique des communautés au sein desquelles l’industrie serait appelée à s’activer. Le gouvernement ne peut prendre qu’un conseil, celui de bénéficier des retombées économiques, et ignorer l’autre, celui de mettre en œuvre des mécanismes de surveillance et d’encadrement visant à protéger efficacement la santé de ses citoyens.