Caisse de Shippagan: un sauvetage réussi

L’Acadie Nouvelle révélait mercredi plusieurs bonnes nouvelles concernant la Caisse populaire de Shippagan, en particulier le fait qu’elle n’est désormais plus sous tutelle.

La Caisse de Shippagan revient de loin. On n’imagine pas à quel point sa situation financière était désespérée et que le spectre de la faillite était grand quand le gouvernement libéral, dirigé à l’époque par le premier ministre Shawn Graham, a dû se résoudre à injecter des dizaines de millions de dollars en fonds publics afin de sauver cette importante institution financière du naufrage.

En 2007, le gouvernement a accordé une subvention non remboursable de 28 mil-lions $, en plus d’un prêt remboursable de 10 millions $. Fredericton a aussi offert des garanties de prêt de 16,7 millions $, qui n’ont finalement jamais été utilisées.

À ce moment-là, l’établissement était sous tutelle depuis environ trois ans. Sa situation n’était rien de moins que catastrophique. De mauvaises décisions, une stratégie d’expansion tous azimuts et des pratiques de gestion douteuses avaient mené la Caisse au bord du précipice.

Sans cet important effort financier du gouvernement Graham, la Caisse populaire de Shippagan aurait sans doute fermé ses portes.

La fermeture de cet important centre financier, qui compte aujourd’hui un actif d’environ 168 millions $, aurait eu un impact financier majeur, sans compter l’effet domino que cela aurait pu engendrer.

Les banques sont en effet très intégrées dans l’économie qui les entoure. Elles jouent un rôle crucial et contribuent à faire rouler l’économie. Une fermeture abrupte peut avoir un impact important sur les entreprises, les particuliers, les municipalités et même les gouvernements qui font affaire avec elles.

On a vu aux États-Unis comment le scandale des subprimes a fait vaciller en 2007 l’économie du pays le plus riche et le plus puissant du monde. Dans ce cas précis, l’incapacité des banques à faire face à leurs obligations, en raison des nombreux prêts hypothécaires à risque qu’elles avaient accordés au cours des années grâce à la complicité de lois laxistes, a contribué à un krach boursier (automne 2008) et à une récession mondiale. Face à l’effet de contagion dans le système bancaire, Washington a tenté de limiter les dégâts en injectant des milliards de dollars.

Les problèmes financiers de la Caisse populaire de Shippagan n’auraient certainement pas eu un effet aussi important sur l’économie mondiale. Mais à l’échelle néo-brunswickoise, une faillite aurait causé des dégâts importants. Il n’y a pas de doute que Fredericton a pris la bonne décision en investissant dans le sauvetage de celle-ci.

Plus important encore, le sauvetage semble à première vue parfaitement réussi.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, Gilles Lanteigne, qui a pris les rênes de la Caisse dans les heures sombres de 2007, confirme que l’établissement fait de bons profits et serait même en mesure de rembourser dès maintenant sa dette de 10 millions $ aux contribuables (le remboursement doit être fait au plus tard en 2023). Avec ses 2,7 millions $ versés en salaires, elle est une partie importante de la communauté, à Shippagan et dans la Péninsule acadienne.

Bref, rien à voir avec l’autre grand sauvetage tenté par le gouvernement Graham, celui d’Atcon, en 2009. Dans le but de maintenir à flot l’entreprise de Miramichi et de protéger des dizaines d’emplois, Fredericton lui avait accordé des garanties de prêt totalisant 50 millions $. Après la faillite fracassante d’Atcon, les contribuables se sont retrouvés avec les pots cassés, et une note très salée sur les bras.

Dans le cas de la Caisse de Shippagan, il ne reste qu’un gros nuage sombre à dissiper, mais il est tout de même de taille. La lumière doit être faite sur les agissements des dirigeants, avec en tête l’ancien directeur, Bélonie Mallet. Un rapport accablant du vérificateur général du Nouveau-Brunswick, en 2010, a révélé des méthodes de comptabilité douteuses et des irrégularités dans les prêts et investissements. Le dossier a ensuite été remis à la GRC, mais personne n’a jamais été accusé. Une poursuite au civil a été déposée il y a deux ans par une compagnie d’assurances contre M. Mallet, son fils, Pierre Ulysse (qui a été directeur adjoint), ainsi que 15 anciens et actuels gestionnaires de la Caisse. Elle suit son cours devant les tribunaux

Le sauvetage de la Caisse populaire de Shippagan est un grand succès. Mais avant de tourner définitivement la page, rappelons-nous qu’il nous a coûté collectivement très cher, et que les présumés responsables s’en sont tirés à très bon compte.