Un environnement scolaire sain

Les parents des élèves de l’école Champlain de Moncton en ont assez. Ils ne veulent plus que leurs enfants (de la maternelle à la 5e année) fréquentent un établissement situé en plein coeur d’un parc industriel. Difficile de ne pas les comprendre ou d’être en désaccord avec eux.

Une assemblée au début de la semaine a réuni plusieurs dizaines de parents et d’intéressés. Ils croient que la situation actuelle ne peut plus durer et réclament le déménagement de l’école Champlain ou des entreprises qui l’entourent. Et ils veulent que ça se fasse rapidement. Un ultimatum a été lancé auprès du District scolaire francophone Sud, qui doit collaborer avec les autorités gouvernementales pour présenter un plan d’action d’ici juillet. Ce plan devra comprendre un règlement du problème avant la rentrée 2014.

Le ministère de l’Éducation ne pourra ignorer cette situation trop longtemps. Sinon, il risquera de se retrouver avec une petite crise sur les bras. Le Comité de parents de l’école Champlain n’a pas encore déterminé (du moins, publiquement) ce qu’il fera si ses demandes restent lettre morte. Mais on peut supposer que les parents n’hésiteront pas, le moment venu, à garder leur progéniture à la maison.

À la décharge du gouvernement du premier ministre David Alward, le dossier n’est pas simple. L’école Champlain a ouvert ses portes en 1969. À l’époque, il y avait déjà des entreprises dans le secteur, et personne ou presque n’y voyait d’inconvénients. Depuis, Moncton a toutefois connu une croissance phénoménale sur le plan démographique et économique. Résultat: l’école est aujourd’hui située au milieu d’un site industriel.

On ne parle pas ici de commerces au détail ou de petites entreprises, mais bien d’industrie lourde. Le bruit, la circulation de camions lourds, l’odeur de propane et d’asphalte ainsi que les conséquences de tout ceci sur la qualité de l’air et la santé des petits et grands inquiètent au plus haut point parents et enseignants.

Depuis quelques années, des pressions sont faites auprès de Fredericton pour trouver une solution satisfaisante. Le ministère de l’Environnement a testé la qualité de l’air autour de l’école et du quartier, et a démontré que celle-ci respecte les normes. Cela n’a cependant pas rassuré les principaux intéressés, qui remarquent des maux de tête ou d’autres problèmes de santé du genre chez des enfants et même des enseignants qui oeuvrent dans l’établissement.

Les parents souhaiteraient que leur école, bien située, reste en place, et que les entreprises déménagent. Il est toutefois peu probable que le gouvernement déménage le parc industriel. Les locataires de l’endroit, il est important de le préciser, sont dans leur droit. Leurs activités sont légales et ils bénéficient d’une clause de droits acquis. Pour les forcer à déménager, les autorités devraient verser des centaines de millions de dollars en compensations, en plus de faire face à des menaces de poursuites. C’est sans compter qu’une fois le parc vidé de ses occupants, il en coûtera des dizaines de millions de dollars au trésor public pour décontaminer les lieux.

D’un autre côté, déménager les 560 élèves et 80 membres du personnel, puis construire une nouvelle école ne se fera pas non plus gratuitement, ni sans maux de tête. À titre d’exemple, la nouvelle école Le Sommet, dans le nord de la ville, est construite au coût de 22,7 millions $. Les autres écoles francophones du Grand Moncton sont déjà bondées et comptent des dizaines de roulottes afin de faire place au surplus d’élèves.

Au risque de se répéter, il n’y a pas de solution facile. Le dossier est très complexe, mais il a traîné suffisamment longtemps. Les parents ont raison d’être impatients. Ils sont dans leur droit d’exiger des réponses et un plan d’action dans les plus brefs délais.

Les enfants de l’école Champlain méritent un meilleur environnement. Cela passe par un déménagement dans un autre quartier, loin de cette industrie lourde. L’école (ou le terrain sur lequel elle est située) pourra ensuite être vendue à quelque entrepreneur en manque d’espace.

Quand cela doit-il se faire? À quel prix? Que faire des élèves pendant la construction de leur future école Champlain? Ces questions devront être discutées et négociées avec les parents, les autorités scolaires et le ministère. Mais il est temps pour le gouvernement de cesser de tourner autour du pot, et d’enclencher d’ici la fin de l’été les démarches qui mèneront à une solution définitive et satisfaisante.