Shawn Graham doit démissionner

Alors qu’il était premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham a débloqué de façon irresponsable des garanties de prêt d’environ 50 millions $ à l’entreprise Atcon, basée à Miramichi. Cet argent a disparu en fumée, en même temps que l’entreprise qui l’a reçu.

Cette décision d’appuyer Atcon, alors que celle-ci se dirigeait déjà vers la faillite, montre une nouvelle fois à quel point les quatre années de règne de Shawn Graham à la tête du gouvernement du Nouveau-Brunswick peuvent être qualifiées de désastre. L’homme qui a tenté de nous faire croire qu’il mènerait le Nouveau-Brunswick sur la voie de l’autosuffisance a plutôt placé la province dans une situation financière intenable. Cela tout en flambant 50 millions $ en pure perte dans une entreprise qui était en déroute.

En éditorial, plus tôt cette semaine, nous avons expliqué à quel point cet investissement était mal avisé. Dans l’espoir de protéger pendant quelques mois de plus des centaines d’emplois, en majorité dans la Miramichi, le gouvernement libéral a dépensé sans compter l’argent du gouvernement – notre argent – de façon irréfléchie.

Shawn Graham n’est pas le seul homme politique à avoir gaspillé les fonds publics dans des projets qui avaient plus de sens politiquement qu’économiquement. S’il fallait que tous les politiciens qui ont mal investi l’argent des contribuables soient forcés de démissionner, il y aurait pas mal de sièges vides sur les banquettes de l’Assemblée législative.

D’autres fiascos ont coûté une fortune au Nouveau-Brunswick au cours des années. Rappelons par exemple les dizaines de millions de dollars flambés pour maintenir à flot des usines de textile dans le nord de la province, dans les années 1980 et 1990. Le cas de gaspillage le plus connu est peut-être celui de Richard Hatfield, qui a perdu au milieu des années 1970 plus de 23 millions $ en fonds publics dans une vaine tentative pour construire des automobiles (la Bricklin) à Saint-Jean et à Minto.

Il y a toutefois une nuance importante qui aggrave le cas de Shawn Graham: il était en conflit d’intérêts. Pour un homme politique, c’est une faute inexcusable.

Le père de Shawn Graham, l’ancien ministre Alan Graham, était membre du conseil d’administration d’une filiale d’Atcon au moment où l’entreprise a obtenu l’aide du gouvernement. La famille Tozer, qui possédait l’entreprise, entretient des liens avec la famille Graham depuis une vingtaine d’années. Dans ces circonstances, la chose élémentaire pour le premier ministre libéral aurait été de se retirer des discussions et de laisser les experts de la fonction publique déterminer si une telle aide était appropriée.

Non seulement Shawn Graham aurait ainsi évité de se placer en conflit d’intérêts, mais il est probable que les Néo-Brunswickois auraient ainsi économisé 50 millions $. Il n’a pas profité de façon personnelle de l’investissement. De même, il est peu probable que son père en ait profité.

Cela dit, M. Graham a déshonoré sa profession de député et celle de premier ministre en agissant de cette façon.

La faute commise est grave, tant au point de vue des conséquences (les millions envolés) que de l’éthique. L’Assemblée législative est un milieu aseptisé, où les ministres et le premier ministre portent le titre d’honorable, et où les élus sont réputés ne jamais mentir (il est d’ailleurs interdit de dire à la législature qu’un député n’a pas dit la vérité).

Dans son rapport sur le conflit d’intérêts de M. Graham, le commissaire Ryan suggère que le député de Kent reçoive une amende de 3500 $ et qu’il soit réprimandé par l’Assemblée législative. Une recommandation que l’Acadie Nouvelle appuie.

Mais nous souhaitons aussi que Shawn Michael Graham agisse de façon honorable et qu’il remette sa démission. Le plus tôt sera le mieux.

En fait, l’ancien premier ministre aurait dû nous éviter tout ce psychodrame et remettre sa démission au lendemain de son humiliante défaite électorale, en 2010. Au contraire, il s’est accroché, mais en faisant le minimum. Il ne participe à aucun comité législatif. Il n’est critique d’aucun ministère. Son taux d’absentéisme est très élevé. Il ne se prononce sur à peu près aucun dossier important. Bref, il ne joue pas pleinement son rôle de député. Et il est coupable de conflit d’intérêts.

Le cirque a assez duré. Il est temps pour M. Graham de penser à la vie après la politique.

Sinon, c’est au Parti libéral de l’expulser rapidement de son caucus.