En attendant Brian Gallant

Il aura fallu faire preuve de patience, mais un siège libéral (celui de Shawn Graham) va bientôt se libérer. Après avoir hésité, le chef Brian Gallant a finalement confirmé qu’il se portera candidat. À moins de deux ans des élections provinciales, ce n’est pas trop tôt.

Depuis son accession à la tête du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, le 27 octobre 2012, Brian Gallant s’est laissé désirer. À plusieurs reprises, il a affirmé être plus utile pour l’instant dans les coulisses de son parti que sur les banquettes de l’opposition.

Dans les faits, le jeune chef voulait sans doute se donner un peu de temps pour parfaire son apprentissage, loin des feux de la rampe. Outre une belle performance dans sa tentative de défaire le premier ministre Bernard Lord dans sa propre circonscription, en 2006 (il avait obtenu 40 % des voix), M. Gallant n’a pas une grande expérience politique. Il est facile, dans ces conditions, de s’enfarger dans les fleurs du tapis. Parlez-en au ministre de la Santé, Hugh John Flemming, qui est pris chaque semaine, ou presque, à revenir sur ses déclarations ou à Justin Trudeau, surnommé «Justin-la-gaffe» au Québec en raison de sa propension à se mettre les pieds dans les plats avec des propos controversés.

À sa décharge, M. Gallant a bien géré les deux crises auxquelles il a été confronté. Pendant la course à la direction, il a réagi calmement aux propos injurieux qui ont été révélés publiquement dans une série de courriels entre le candidat Michael Murphy et le député Chris Collins. Plutôt que de répliquer, Brian Gallant s’est fait rassembleur et a évité de diviser son parti.

Il a aussi réussi à pousser Shawn Graham vers la porte, après la publication d’un rapport démontrant que ce dernier s’est retrouvé en conflit d’intérêts dans l’affaire Atcon, sans provoquer d’esclandre ou de division.

Il reste que cette période d’apprentissage ne peut pas se poursuivre indéfiniment. Elle doit même être relativement courte. À un certain moment, il faut plonger. Et pas toujours dans des conditions faciles ou idéales.

En 1998, Bernard Lord avait profité de la retraite du premier ministre sortant, Raymond Frenette, pour se porter candidat dans Moncton-Est. Face à un candidat libéral fort, dans une circonscription qui avait toujours voté rouge, M. Lord avait trouvé le moyen de remporter une victoire décisive, qui lui a donné l’élan nécessaire pour gagner les élections de 1999 et devenir premier ministre à l’âge de 33 ans.

Plus loin de nous, le progressiste-conservateur Joe Clark, alors à la tête du cinquième parti à la Chambre des communes, avait réussi lors des élections fédérales de 2000 à se faire élire dans Calgary-Centre, en plein coeur du territoire de l’Alliance canadienne.

Le moment est venu pour Brian Gallant. Il le sait, il n’a pas le choix, et c’est pourquoi il sera candidat dans Kent.

La circonscription vote libéral depuis des décennies. La définition même d’un château fort. M. Gallant a des racines dans la région (il est né à Shediac Bridge) et ne devrait pas éprouver de difficultés majeures à se faire élire. Il n’y a qu’une seule variable à l’horizon: le départ dans la disgrâce du député Graham, qui pourrait peut-être pousser certains libéraux de longue date à changer de parti.

Cette campagne électorale sera sans doute centrée sur des enjeux locaux. Elle nous permettra toutefois d’en connaître un peu plus à propos de M. Gallant. D’abord sur ses capacités de leader et de meneur d’hommes (une défaite serait catastrophique pour lui) et ensuite, s’il se fait élire, sur sa vision de l’avenir du Nouveau-Brunswick.

En effet, depuis qu’il est devenu chef du Parti libéral, Brian Gallant est étonnamment discret. Outre un vague engagement de faire la politique autrement, on ignore tout de ses priorités. Comment entend-il faire le ménage dans les finances publiques? Veut-il augmenter les impôts? Éliminer des programmes? Ralentir la croissance des dépenses? Bref, quel genre de premier ministre serait-il et pourquoi devrait-on lui donner les clefs de la province? Pour l’instant, personne ne peut répondre à ces questions.

La meilleure façon de sortir de l’ombre est encore de se faire élire. C’est à l’Assemblée législative que M. Gallant pourra critiquer le gouvernement et proposer des solutions de rechange. Les Néo-Brunswickois auront pour la première fois une idée s’il a l’étoffe d’un Frank McKenna… ou d’un Shawn Graham.

Ne reste plus qu’une élection complémentaire soit déclenchée dans Kent. Le premier ministre David Alward a six mois pour le faire. Nous lui demandons cependant de ne pas attendre si longtemps et d’agir le plus rapidement possible, dans les prochaines semaines.