On peut toujours rêver

Une page exceptionnelle vient d’être tournée dans l’histoire de l’Église catholique: la renonciation du pape Benoît XVI. La page est historique non seulement parce que c’est la première fois depuis six cents ans qu’un pape renonce à sa fonction, mais Benoit XVI est sans doute le premier à l’avoir décidé entièrement de son propre gré.

La succession est maintenant enclenchée. Elle engendre des spéculations sur plusieurs plans.

Au Canada, bien sûr, la possibilité que le cardinal canadien Mgr Marc Ouellet soit choisi est au cœur des spéculations. C’est sans doute Mgr Ouellet, parmi les cardinaux du continent américain, qui est le mieux placé pour être considéré par ses pairs à la succession de Benoit VXI.

C’est toutefois la perspective d’un vent de renouveau qui anime le débat à propos du choix du prochain chef de l’Église par les cardinaux.

Le premier défi, et le plus grand, du prochain pape consistera à tracer une ligne de conduite claire pour les prélats de l’Église qui ont maille à partir avec les innombrables victimes dans les dossiers d’abus sexuel dont se sont rendus coupables plusieurs membres du clergé. Non seulement ce dossier a-t-il été et continuera de représenter un lourd fardeau financier pour l’Église, il a aussi lourdement miné l’autorité morale de l’institution. Cette autorité morale représente, en quelque sorte, le trésor de l’Église qu’il est absolument essentiel non seulement de maintenir, mais aussi de redorer le plus rapidement possible.

L’autre défi de taille de l’Église est d’arrimer ses valeurs et ses pratiques à la société moderne, à la fois pour refléter celles de ses fidèles tout en lui permettant de relever le défi de la relève.

En forçant son clergé au célibat, depuis cinquante ans l’Église a perdu les services de nombreux prêtres qui seraient peut-être restés si elle leur avait permis de se marier tout en continuant d’exercer leur sacerdoce. Non seulement a-t-elle perdu des prêtres, elle a sans doute aussi perdu l’opportunité de recruter à la prêtrise des individus prêts à répondre à l’appel du sacerdoce si l’Église leur permettrait de vivre dans un contexte humain plus près de la réalité de la majorité des fidèles.

Dans le même registre des changements débattus, le rôle accru des femmes, y compris celui d’exercer la prêtrise, refait surface, avec raison. Comme le rapportait hier notre journaliste Damien Dauphin, Johanne Blanchard, professeure de sciences religieuses à l’Université de Moncton, observe que «la majorité des personnes qui travaillent dans les églises sont des femmes». Et la question que pose Louise Melanson, du Comité diocésain de Moncton pour la place des femmes en Église, est on ne peut plus pertinente: pourquoi, à tout le moins, ne pas ouvrir la possibilité de permettre aux femmes d’avoir accès au diaconat? Et nous ajoutons, pourquoi cette discrimination envers les femmes?

Et puis, toute la question entourant la morale et la pratique en lien avec la sexualité mériterait certainement d’être revue et corrigée. L’usage du condom pour lutter contre le sida qui ravage certains continents, en particulier l’Afrique, de même que l’éducation à l’usage de moyens contraceptifs méritent que l’Église se rapproche et se fasse conseiller par des organisations vouées à ces questions.

Rien n’empêche de rêver à l’avènement d’un courant de réforme et de modernisation de l’Église. Tant parmi le clergé que parmi la communauté qui gravite dans les cercles rapprochés de l’Église, ils sont nombreux à souhaiter et à être prêts à initier une poussée évolutive à l’institution. Mais aussi important que pourrait être ce courant réformiste au sein de l’Église, il n’a pas de voix au chapitre de la succession de Benoit XVI.

La structure décisionnelle de l’Église s’avère très élitiste. Le choix du prochain chef de l’Église appelé à diriger l’institution qui compte un milliard de fidèles est concentré entre les mains d’une centaine de cardinaux. L’une des «qualités» qui leur ont permis d’accéder au plus haut échelon de la hiérarchie est leur adhésion aux valeurs traditionnelles de l’Église, et l’ouverture au changement n’est pas l’une d’elles.