Cynisme, hypocrisie et mauvaise volonté

Lorsque la ministre Diane Finley a annoncé, sans donner de détails, l’esprit de la réforme de l’assurance-emploi, elle avait insisté sur le fait que cette réforme constituait une amélioration au programme. Quelques semaines plus tard, en entrevue, le ministre Bernard Valcourt s’était échappé en déclarant bien candidement que la réforme visait à épurer le programme des «abuseurs du système». Le printemps dernier, alors que très peu de détails de la réforme avaient été dévoilés, il n’était pas encore très clair laquelle des déclarations des ministres reflétait l’esprit réel de la réforme. Six mois plus tard, le portrait est non seulement plus clair, il est indignant.

Le calcul du gouvernement Harper est cynique à quelques égards. Après avoir déploré la culture de dépendance des fonds publics qui prévaut en Atlantique, Stephen Harper, alors à la recherche du pouvoir puis d’une majorité, avait masqué ses valeurs, son idéologie et sa vision du filet social au Canada. Mais, même minoritaire, en profitant de la situation financière précaire des partis d’opposition qui ne se sentaient pas prêts à partir en campagne électorale, le gouvernement Harper avait déjà initié des changements motivés par son idéologie: abolition du programme de contestation judiciaire, suppression de l’aide financière à des organismes citoyens et culturels et augmentation des dépenses militaires ne sont que quelques exemples de ses initiatives. Après avoir remporté la majorité des sièges à la Chambre des communes, tout en ne comptant pas sur l’appui du Québec, de Terre-Neuve et des régions rurales de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, il semble convaincu qu’il n’a pas besoin non plus d’une bonne partie des circonscriptions électorales de l’Atlantique. Il ne voit donc aucun intérêt à reculer en abandonnant la réforme de l’assurance-emploi.

L’hypocrisie de cette réforme c’est de prétendre qu’elle vise à améliorer le sort des personnes à la recherche d’emploi. Comme nous l’avons signalé la semaine dernière, les outils informatiques mis à la disposition des travailleurs ne sont pas très efficaces pour les gens qui cherchent de l’emploi dans une région où le travail saisonnier est plutôt la règle que l’exception. L’hypocrisie c’est aussi d’affirmer que l’assurance-emploi sera toujours là pour les gens qui en ont besoin, alors que la stratégie qui sous-tend les directives données aux fonctionnaires vise à écarter des prestations le nombre de chômeurs nécessaires pour atteindre l’objectif fixé arbitrairement de réduire de trois ou quatre cent millions de dollars le montant versé aux personnes en chômage.

La mauvaise volonté du gouvernement Harper, en appliquant sa réforme comme il le fait, c’est de soupçonner tous les chômeurs de ne pas être admissibles aux prestations: vérifier si les femmes en congé de maternité ont réellement accouché, fouiller dans les résidences pour vérifier s’il n’y a pas d’activités commerciales susceptibles de cacher des revenus non déclarés ou appeler à répétition pour voir si les gens se rendent réellement disponibles pour un emploi. La mauvaise volonté c’est aussi de vouloir forcer les travailleurs saisonniers à accepter des emplois moins bien rémunérés que le dernier emploi occupé. La mauvaise volonté se manifeste aussi en refusant de reconnaître que les prestations d’assurance-emploi contribuent, durant la période creuse de l’activité économique, à soutenir un minimum d’argent en circulation pour maintenir les emplois dans le secteur des entreprises de services. La mauvaise volonté s’incarne aussi dans le refus de reconnaître que la réforme appauvrit non seulement les chômeurs saisonniers, mais aussi toutes les régions qui dépendent d’une économie saisonnière. La mauvaise volonté du gouvernement Harper vis-à-vis les régions coincées dans une économie saisonnière c’est de ne prendre aucune mesure, de ne pas mettre en œuvre ni d’investir dans des programmes susceptibles d’engendrer des emplois stables dans ces régions.

Entre la prétention de Diane Finley d’améliorer le régime d’assurance-emploi au bénéfice des travailleurs canadiens et l’aveu candide de Benard Valcourt que «son» gouvernement veut épurer le régime, force est de constater que c’est Valcourt qui a exprimé les intentions réelles du gouvernement, avec tout ce que cela comporte comme consé­quences.