VIA Rail: choix politique ou choix corporatif?

Selon le site de Radio-Canada Acadie, le député d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin, croit que les dernières prévisions budgétaires du gouvernement Harper indiqueraient que Via Rail subirait des suppressions de la contribution fédérale de l’ordre de 62 % en 2013-2014, par rapport à 2010-2011. L’information a toutefois été démentie par Transports Canada.

Nous sommes allés vérifier les déclarations du député et du ministère.

En gardant à l’esprit les informations parfois incomplètes ou carrément fausses émises par le gouvernement Harper sur des questions comme l’achat des F-35 ou encore la construction des deux navires d’approvisionnement de la marine canadienne, on pourrait douter de la réfutation de Transports Canada. Le ministère fédéral indique qu’en 2013-2014, 15 millions $ seront supprimés du budget d’exploitation de VIA Rail, une compression d’environ 7 %. Dans l’énoncé du budget 2012, on peut lire en effet à la page 319 que les «économies prévues» du budget fédéral touchant VIA Rail sont de 15,1 millions $. Mais cette diminution de 7 % est par rapport à l’année précédente, et non pas comparée à l’année 2010-2011 à laquelle se réfère le député d’Acadie-Bathurst. Selon le budget 2012, VIA Rail devait réduire ses dépenses de 6,5 millions durant l’année fiscale qui se termine dans quelques semaines. Selon Kevin Page, cette année la société a comprimé ses dépenses d’un peu plus de cinq millions.

L’exercice nous a amenés à considérer les investissements du gouvernement fédéral en matière d’infrastructures pour le transport ferroviaire des passagers. Dans le budget de 2012, le gouvernement fédéral a consenti 104 millions $ pour l’année en cours. Quand on sait que le coût de la mise à niveau du tronçon de Moncton à Bathurst est évalué par VIA Rail à 50 millions, on réalise que le budget fédéral pour les infrastructures de VIA Rail cette année est bien mince.

Ce que VIA Rail voudrait qu’on oublie cependant, c’est qu’en 2007 le gouvernement Harper a consenti une aide financière additionnelle de 1 milliard $ à VIA Rail pour l’aider, justement, à moderniser ses équipements et mettre à niveau les infrastructures, y compris les voies ferrées. Ce milliard de dollars était accordé pour une période de cinq ans. Le programme d’aide financière a pris fin l’an dernier. Et c’est en comparant le budget de l’an prochain par rapport à celui de cette dernière année du programme spécial d’aide financière que le député d’Acadie-Bathurst trouve un écart de 62 %.

Nous sommes allés consulter le site web de VIA Rail où la société donne un compte-rendu de ce qu’elle a fait avec le milliard de dollars. On y voit des photos des nouveaux wagons acquis pour le confort des passagers et des gares qui ont été rénovées à grands frais. Des 60 projets de gares rénovées, il y en a eu quatre en Atlantique: Halifax, Sackville (toiture), Truro (toiture) et Bathurst, où les travaux se sont limités à reconstruire le quai d’embarquement… En ce qui concerne les travaux sur les voies ferrées, aucun des neuf projets listés sur le site n’a touché l’Atlantique. Dans le dernier rapport annuel disponible sur le site de VIA Rail, en 2011 l’avoir des actionnaires a augmenté de 20 millions, pour totaliser un peu plus de 95 millions $.

Avec le milliard de dollars que lui a consentis le gouvernement Harper, VIA Rail aurait pu profiter de cette occasion pour investir dans les tronçons moins rentables de son réseau, et planifier la mise à niveau des tronçons plus rentables à partir de ses propres moyens. La société a choisi de négliger l’Atlantique, même en bénéficiant d’une aide substantielle du gouvernement fédéral. À en juger par cette feuille de route, il nous semble évident que VIA Rail n’est pas réellement intéressée par l’Atlantique, nous ne faisons pas partie de sa stratégie corporative.