Oublions une franchise de la LCF à Moncton

La Ville de Moncton a réussi un autre bon coup cette semaine. La Ligue canadienne de football (LCF) présentera dans le Stade Moncton 2010 une partie de saison régulière.

D’ailleurs, il faudra bien un jour qu’on nous explique pourquoi la ligue a pris quatre années avant d’amener les Alouettes de Montréal et leur légendaire quart-arrière, Anthony Calvillo, à Moncton. Compte tenu de l’importance de la population acadienne, il y a longtemps que les Alouettes auraient dû participer à un Touché Atlantique (le nom de l’événement).

L’organisation d’un match de football professionnel à Moncton n’est pas banale, même si c’est devenu un rendez-vous quasi annuel. La LCF n’a présenté que deux parties en saison régulière dans un stade hors du circuit régulier. Les deux fois à Moncton.

Comme pour les deux premiers Touchés Atlantiques, des milliers de personnes convergeront vers Moncton pour assister à l’affrontement et participer aux activités qui l’entoureront pendant la semaine. Les restaurateurs, les hôteliers, les grandes surfaces et les magasins de sport profiteront de cet influx de touristes. On estime à environ 6 millions $ les retombées économiques, et ce, sans compter toute la publicité gratuite dont bénéficieront Moncton et le Nouveau-Brunswick (la partie sera télévisée).

Le Touché Atlantique aura aussi un effet d’entraînement sur les plus jeunes. Depuis la première année, les organisateurs ont eu la géniale idée d’y joindre un volet jeunesse. Ainsi donc, dans les jours précédents, les équipes de football des écoles secondaires de la région s’affronteront. La Coupe Acadie (qui existait déjà avant le Touché Atlantique) met aux prises les équipes des écoles Mathieu-Martin et L’Odyssée et attire chaque année des milliers de spectateurs. Elle introduit une nouvelle génération de jeunes à ce sport.

Bref, une grande fête du sport qui profitera à tout le monde.

Les plus passionnés voient dans le succès du Touché Atlantique, année après année, la preuve qu’une équipe de football de la LCF pourrait survivre et même prospérer à Moncton.

En cela, ils sont encouragés par le commissaire de la ligue, Mark Cohon. Lors de ses points de presse, il est souvent appelé à commenter la possibilité d’une expansion dans l’Est, à Moncton, à Halifax ou à Québec. Sans rien promettre, M. Cohon est toujours optimiste et répète chaque fois qu’il croit au potentiel du marché de l’Atlantique. Des paroles qui sonnent douces à nos oreilles.

Plus récemment, le commissaire a toutefois prouvé qu’il est plus gourmand qu’il en a l’air. Il a confié que pour accueillir une franchise de la LCF, la Ville de Moncton devrait d’abord agrandir et améliorer son stade. Il estime la facture à 100 millions $. Cela sans compter les frais d’expansion, qui dépasseraient les 7 millions $.

Le stade de l’Université de Moncton est tout neuf et peut accueillir environ 21 000 spectateurs pour le football. Dans son état actuel, il serait le plus petit stade de la ligue. À titre comparatif, le stade de l’Université McGill de Montréal compte environ 25 000 sièges. Il n’en comptait que 20 000 avant d’être agrandi au coût de 30 millions $, à temps pour la saison 2010.

De même, le nouveau stade des Tiger-Cats, à Hamilton, comptera plus ou moins 24 000 sièges. Il pourrait par contre être reconfiguré pour accueillir jusqu’à 40 000 spectateurs lors d’événements spéciaux comme la Coupe Grey.

Avec ses 20 000 sièges, le stade de Moncton n’est donc pas si loin du compte. Mais il n’est clairement pas au goût de la ligue, qui souhaite quelque chose de plus gros, avec plus de loges et plus de possibilités de générer des revenus.

Moncton ne peut pas compter sur la générosité du gouvernement du Canada, qui a déjà indiqué qu’il ne financerait pas la construction ou la rénovation de stades qui profitent à des équipes professionnelles, comme dans ce cas-ci. Et on connaît déjà la capacité de payer du gouvernement du Nouveau-Brunswick, mise à mal par des finances publiques en bien piètre état.

Nous ne doutons pas de la capacité de la Ville de Moncton à réaliser des miracles. Nous croyons toutefois que sa priorité devrait être la construction d’un nouveau Colisée dans le centre-ville. Cet autre mégaprojet de 100 millions $ aura l’avantage, s’il devient réalité, de revitaliser tout le centre-ville.

Moncton rêve gros et grand. L’idée de voir une équipe de la région affronter semaine après semaine les représentants des métropoles du Canada est séduisante. Mais à 100 millions $ pour accueillir neuf parties de football par an, c’est un luxe que nous n’avons pas les moyens de nous payer.