Le fléau de la violence faite aux femmes

Pour la Journée internationale de la femme 2013, l’Organisation des Nations Unies a arrêté le thème de la violence faite aux femmes. C’est un fléau répandu sur tous les continents de la terre, un phénomène qui se manifeste sous plusieurs formes et qui persiste. Étonnant, quand même, qu’aucun des textes signés cette semaine dans nos pages sur la Journée internationale de la femme n’ait abordé la question, étant donné la gravité du problème, un problème qui ne concerne pas seulement les femmes, mais qui commande l’attention des hommes, généralement responsables de cette violence.

Évidemment, dans les pays en guerre ou aux prises avec des guerres civiles, la prédominance de la violence faite aux femmes est effrayante, tant par le nombre de victimes que par la fréquence avec laquelle elle est pratiquée. En République démocratique du Congo, selon une étude publiée il y a deux ans et rapportée par un journal américain sur la santé publique, plus de 1000 femmes sont violées chaque jour. L’étude estimait qu’entre 2006 et 2007, plus de 400 000 femmes ont été victimes de violence sexuelle dans ce pays. Ailleurs, sur le continent africain, le Darfour est un autre théâtre de cette violence répétée. Et il y en a quantité d’autres, y compris en Syrie.

Certaines valeurs culturelles ou religieuses, archaïques, mais toujours présentes dans l’encadrement de comportements sociaux et individuels, mènent à une tolérance étonnante vis-à-vis la violence faite aux femmes. Les punitions physiques pour l’adultère commis par des femmes qui vont jusqu’à la lapidation à mort sont parmi les cas extrêmes qui sont encore recensés de nos jours. L’an dernier, le procès de l’affaire Shafia nous a sensibilisés à une pratique qu’on aurait crue propre à des pays lointains: les crimes d’honneur. Et ça se passait chez nous.

Il ne faudrait pas croire que la violence pratiquée contre les femmes n’est que l’apanage de cultures étrangères. La société canadienne n’est pas épargnée par ce fléau, même si les statistiques n’arrivent pas à la hauteur de celles d’autres pays. Une étude de Statistique Canada publiée l’an dernier portant sur les homicides commis en 2011 indiquait en effet que le taux d’homicides affectant les femmes a augmenté de 16 %, alors que celui dont les hommes ont été victimes a augmenté de 6 %. Fait troublant, des 89 homicides perpétrés en 2011 entre partenaires intimes, 76 (85 %) étaient de sexe féminin.

S’agissant d’un autre type de violence faite aux femmes, la violence psychologique est moins bien documentée sur le plan statistique. Souvent accompagnée d’incidents de violence physique, ses effets, même sans violence physique, sont dévastateurs en matière de qualité de vie et d’estime de soi chez les femmes qui y sont assujetties.

Et puis, on ne peut passer sous silence le dossier de la violence faite aux femmes autochtones. Comme dans plusieurs milieux affectés par des conditions de vie difficiles, la violence conjugale est un dossier sur lequel travaillent les organismes autochtones. C’est un des symptômes du malaise social qu’engendre le système dans lequel la société canadienne a emprisonné ses communautés autochtones. Si la résolution de ce type de violence est de la responsabilité des communautés, la violence faite aux femmes autochtones issue d’une discrimination pratiquement systémique relève de toute la société canadienne, et des services policiers. La disparition et le meurtre de nombreuses femmes autochtones ne semblent pas vouloir s’estomper, en particulier en Colombie-Britannique et dans les provinces des Prairies canadiennes. L’Association des femmes autochtones du Canada, un chef de file dans ce dossier, se bute à l’indifférence de nombreux corps policiers. Les femmes autochtones ont soumis cette question à l’attention du comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, où on a demandé au Canada d’expliquer «la négligence des autorités policières à prendre en charge les disparitions et les meurtres de femmes et de filles autochtones».

Tout en étant conscient de l’importance du phénomène mondial de la violence faite aux femmes, la vigilance est de mise pour briser l’isolement des femmes assujetties à cette violence, et c’est sur ce plan que chacun de nous peut intervenir, en signalant les cas et en offrant notre aide. Qu’elle s’effectue au grand jour ou dans les chaumières à l’abri des regards, la violence faite aux femmes est inadmissible.