L’insatisfaction s’accroît

En novembre 2010, deux mois après l’élection, le gouvernement Alward bénéficiait de la faveur de 61 % de l’électorat du Nouveau-Brunswick. Deux ans et demi plus tard, cette faveur a fondu de presque la moitié: le dernier sondage de Corporate Research & Associates indique qu’il ne reste que 32 % des électeurs qui auraient voté pour le gouvernement de M. Alward, si des élections avaient eu lieu entre le 16 et le 29 février 2013.

La réaction de la permanence du Parti progressiste du Nouveau-Brunswick est un peu surprenante: le parti juge que ce sondage n’est qu’un cliché de l’humeur de l’électorat au moment du sondage et qu’il n’illustre pas une tendance. C’est vrai, si on ignore l’existence des sondages précédents. Si le gouvernement Alward vise sa réélection, il serait de son intérêt à adopter une tout autre attitude face aux résultats dévoilés hier par la firme de sondage.

Les instances du parti au pouvoir devraient garder un œil vigilant non seulement sur les intentions de vote, mais aussi sur le degré d’insatisfaction partielle ou totale à son égard. En novembre 2010, 11 % de l’électorat se déclarait plutôt ou complètement insatisfait, aujourd’hui le taux d’insatisfaction est à 49 %, soit pratiquement un électeur sur deux. En 2010, un électeur sur trois (33 %) jugeait qu’il était trop tôt pour se prononcer, aujourd’hui, seulement un électeur sur 10 (11 %) pose le même jugement. Bien sûr, la permanence veut sans doute préserver le moral des troupes, mais opter pour l’aveuglement constitue-t-elle une tactique productive? Vous connaissez la réponse évidente à cette question tout à fait rhétorique. Vous vous doutez bien qu’en politique la complaisance tue et qu’elle mène tout droit à la défaite.

Il n’y a pas que les actions du gouvernement Alward qui expliquent cet effritement important de la satisfaction des électeurs, mais aussi son inaction dans quelques dossiers. Parmi les décisions qui ont contribué à l’insatisfaction de l’électorat, citons l’entêtement à faire croire que le salut économique du Nouveau-Brunswick passe par le développement du gaz de schiste. L’obstination à vouloir comprimer les dépenses du gouvernement dans l’espoir d’équilibrer le budget, tout en n’obtenant pas les résultats escomptés, n’est pas étrangère non plus à la perte de confiance de l’électorat. Pour compléter le portrait, ajoutons à cela l’inaction et le silence dans le dossier de l’assurance-emploi, l’incapacité d’obtenir la contribution financière du fédéral pour éponger les dépassements de coûts de la centrale de Pointe Lepreau de même que l’asservissement apparent aux politiques du gouvernement Harper, sans compter le portrait plutôt sombre de l’emploi dans les régions rurales de la province.

S’agissant de complaisance, nous ignorons si le Parti libéral du Nouveau-Brunswick, sous la direction de Brian Gallant, est satisfait des résultats du sondage. Si c’est le cas, il ne comprend pas les résultats de la même façon que nous. Le Parti libéral du Nouveau-Brunswick n’a pas effectué de gain, même s’il mène dans les intentions de vote. En fait, il a perdu trois points depuis le dernier sondage. Étant donné le taux d’insatisfaction à l’endroit du gouvernement Alward, il aurait dû gagner du terrain dans les intentions de vote.

Le chef qui semble avoir le mieux compris les aspirations de l’électorat semble être Dominic Cardy, du Nouveau Parti démocratique du Nouveau-Brunswick. Les intentions de vote pour son parti ont augmenté de sept points, passant de 19 % en novembre à 26 % en février. Comme le notait notre courriériste parlementaire, Philippe Murat, hier matin dans son Carnet de la capitale, M. Cardy a proposé des initiatives concrètes pour assainir les mœurs politiques au Nouveau-Brunswick. Ses propositions ont retenu l’attention de l’électorat à en juger par les progrès tant de sa popularité personnelle comme chef que de celle de son parti.

Bien sûr, nous sommes encore loin de la prochaine élection et l’humeur de l’électorat a le temps de changer d’ici là. Le sondage semble indiquer que l’électorat indécis du Nouveau-Brunswick en a ras le bol des discours et des promesses. Ce ne sont pas les partisans purs et durs des partis qui décident de l’issue des élections, mais plutôt les indécis qui changent de camp, et leur faveur semble vouloir se porter vers les nouveaux horizons que dessinent M. Cardy et son parti. Nous verrons au cours de la prochaine année si la tendance se maintient.