Un bon pape, en attendant un meilleur

L’élection du pape François semble de prime abord être une bonne nouvelle pour une Église catholique romaine qui en a bien besoin ces jours-ci.

Pape du peuple, pape des pauvres, pape du Nouveau Monde… les qualificatifs ne manquent pas pour souligner l’accession du premier cardinal des Amériques au trône de saint Pierre.

L’arrivée d’un Saint-Pontife qui a vécu sa vie en Argentine, bien loin des cercles du pouvoir du Vatican, est porteuse d’espoir. Il ne pourra qu’être plus au fait des besoins de ses fidèles que s’il avait été coupé de la réalité du monde, bien enfermé à la basilique Saint-Pierre.

Déjà, un discours qu’il a prononcé l’année dernière, et dans lequel il a déclaré que les dirigeants de l’Église ont oublié que Jésus a lavé des lépreux et mangé avec des prostituées, montre qu’il est un homme ouvert, ce qui est de bon augure. Il a aussi la réputation d’être un homme simple, qui a refusé par le passé de vivre dans le luxe et qui a souvent visité les bidonvilles qui entourent Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, où il était archevêque.

On remarquera aussi que le nouveau «vicaire de Jésus-Christ» a choisi de s’appeler François, sans adjectif numéral romain, contrairement à la majorité des papes qu’a connus l’Église. Le pape n’est pas censé être un roi, et l’absence d’un nombre à la suite de son nom permettra cette cassure avec une tradition moyennageuse (comparativement à un Benoît XVI, par exemple). Le nom de François rappelle aussi bien évidemment saint François d’Assise, un homme riche qui a vécu en Italie aux XIIe et XIIIe siècles, et qui a abandonné tous ses biens pour une vie de pauvreté, de paix et de piété. Certainement un exemple à suivre pour un pape, et un beau message à envoyer au monde catholique.

Enfin, on peut imaginer qu’un pape sud-américain permettra de raviver la ferveur chrétienne dans cette région et de ralentir le déclin religieux. On imagine déjà les grands rassemblements qui auront lieu quand le nouveau pontife se rendra pour la première fois en Argentine et au Brésil. Les prochaines Journées mondiales de la jeunesse doivent avoir lieu l’an prochain à Rio de Janeiro (Brésil) et seront sans doute un succès de foule colossal.

Par contre, ceux qui espéraient un pape réformateur qui permettrait enfin à l’Église catholique de mettre un pied dans le monde moderne risquent d’être déçus.

Âgé de 76 ans, il est à peine plus jeune que Joseph Ratzinger au moment où il est devenu Benoît XVI (79 ans). Son règne ne durera sans doute pas beaucoup plus longtemps. De plus, le cardinal Jorge Mario Bergoglio est en phase avec tous ses collègues sur les questions sociales les plus controversées. Ce n’est pas sous son règne que des femmes seront ordonnées prêtres, que les homosexuels cesseront d’être montrés du doigt, que les personnes divorcées pourront communier ouvertement, etc.

Pire encore, il n’est sans doute pas celui qui adaptera le discours de l’Église sur la contraception. S’il y a un endroit où le pape a encore une influence sur cette question, c’est bien dans les pays du tiers-monde, en Amérique du Sud et en Afrique. En faisant preuve d’une rigidité à toute épreuve, l’Église condamne des millions de femmes à une vie de misère, où leur rôle se résume à enfanter.

Lui-même originaire d’un pays pauvre, le pape François a vu cette réalité que ne peuvent imaginer les décideurs du Vatican. Nous espérons qu’il s’écartera de la doctrine officielle, même si c’est malheureusement peu probable.

Plus pressante encore sera l’attitude du nouveau chef catholique envers les prêtres pédophiles. Nous attendons encore un message clair, et surtout des actions qui démontreront une fois pour toutes que l’Église est prête à condamner et punir les prêtres abuseurs plutôt que de les cacher et de les protéger pour éviter l’opprobre public.

Rome devrait s’inspirer de ce qui se fait en Acadie. On a vu comment les prêtres de la région, conscients du monde qui les entoure, n’ont pas hésité à appuyer le combat des opposants à la réforme de l’assurance-emploi. De même, le processus de conciliation initié par le diocèse de Bathurst, puis imité par l’archidiocèse de Moncton, a permis à l’Église d’aller au-devant des victimes de prêtres abuseurs plutôt que d’espérer qu’elles gardent le silence. Cette démarche pourrait être adaptée à travers le monde.

Mais c’est sans doute trop demander à un homme qui en aura plein les bras à essayer de rapprocher la papauté du peuple. Le règne de François a le potentiel d’être un succès. Toutefois, ceux qui rêvaient d’un pape jeune et réformateur, capable de transformer l’Église de fond en comble, devront attendre le prochain. En attendant, le déclin inexorable de la religion catholique se poursuivra, en Acadie comme ailleurs dans le monde.