L’intérêt mutuel

Comme vous le savez, le gouvernement Alward a annoncé hier un programme de formation pour les personnes sans emploi «touchées par la fin récente du projet pilote du gouvernement fédéral dans le cadre duquel la période de prestations d’assurance-emploi était prolongée de cinq semaines». C’est un retour à ce type de programme d’aide aux chômeurs qui se retrouvent sans revenus.

Il n’y a aucun doute que le gouvernement Alward espérait que les prestataires d’assurance-emploi accueilleraient favorablement son initiative. Le gouvernement provincial était critiqué pour ne pas s’être prononcé sur les effets de la réforme du programme d’assurance-emploi initié par le gouvernement Harper. Ce silence était perçu par plusieurs comme un manque d’empathie du gouvernement Alward pour les travailleurs saisonniers. En lançant ce programme d’aide maquillé en programme de formation, le gouvernement Alward envoie un message aux travailleurs saisonniers: nous comprenons votre situation précaire, et nous voulons vous aider.

Le gouvernement McKenna a été le premier, à la fin des années 1980, à mettre en place un programme d’aide visant principalement, dans ce cas, les travailleurs d’usine de transformation du poisson de la province. À l’époque, toutefois, le programme visait à offrir aux travailleurs du secteur des pêches à se rendre admissibles à ce qui était l’assurance-chômage, une aide rendue nécessaire quand la période de travail en usine n’était plus assez longue pour permettre à un grand nombre des travailleurs d’accumuler le nombre de semaines requises. Celles-ci étaient passées de dix à quatorze semaines pour être admissibles aux prestations. Le gouvernement provincial avait jugé que l’aide offerte serait moins dispendieuse que d’avoir à soutenir par l’assistance sociale pendant tout l’hiver plusieurs centaines de familles. En créant un programme d’emplois pour les travailleurs saisonniers, le gouvernement renvoyait au gouvernement fédéral le fardeau financier de soutenir ces familles pendant l’hiver. L’initiative était donc de l’intérêt mutuel du gouvernement et des travailleurs.

Il est clair que le programme de formation annoncé par le gouvernement provincial ne vise pas à répondre aux besoins de formation de la main-d’œuvre réclamée par les membres du Conseil économique du Nouveau-Brunswick. D’ailleurs, dans son communiqué de presse, le gouvernement est assez candide à cet égard. Il annonce ceci: «À partir du 18 mars, des programmes et de l’aide financière seront offerts aux travailleurs saisonniers qui auront une période d’attente entre la fin de leurs prestations d’assurance-emploi et le début de leur prochain emploi saisonnier.» Le gouvernement fait quand même référence à la formation quand il emploie ces termes: «Les programmes… seront axés sur la mise à niveau des compétences essentielles au travail des travailleurs touchés en 2013.» Il fallait bien mentionner des aspects de formation, le financement passant par le budget du ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail.

Cela dit, les travailleurs saisonniers qui voudront se prévaloir de l’aide offerte par le gouvernement du Nouveau-Brunswick devront quand même s’inscrire aux programmes de formation qui seront offerts. Ils devront consacrer 30 heures par semaine à cette formation pour recevoir l’aide financière prévue par les programmes. Que la formation reçue soit directement pertinente ou pas à la nature de leur travail, il est toujours possible de tirer un bénéfice quelconque de toute forme d’éducation.

Évidemment, à 250 $ par semaine pour trente heures de formation, il s’agit ici d’une allocation de formation moindre que le salaire minimum que pourraient ramener les prestataires s’ils étaient en mesure de se trouver un travail durant cette période. Ce n’est pas le Klondike, c’est une pitance de subsistance, d’où les réactions critiques des prestataires qui ont exprimé leur opinion sur le programme.

Étant donné le taux d’insatisfaction quand même important à l’endroit du gouvernement Alward, il fallait bien que celui-ci pose un geste de compassion, même modeste, envers les travailleurs saisonniers qui en arrachent. Dans la circonscription du ministre le plus puissant du gouvernement, Paul Robichaud, le nombre de travailleurs affectés par le trou noir est important. Il ne pouvait donc pas se permettre de rester les bras croisés. Il était de l’intérêt mutuel du gouvernement et des travailleurs saisonniers qu’un geste concret se manifeste, aussi imparfait soit-il.