Le test d’un chef et d’un gouvernement

Eh bien, on ne pourra pas dire que le premier ministre Alward s’est fait prier très longtemps avant de déclencher l’élection partielle du comté de Kent. Dès le lendemain de la convention d’investiture du Parti libéral qui confirmait son chef, Brian Gallant, comme candidat dans Kent, M. Alward a annoncé la tenue de l’élection partielle qui aura lieu le 15 avril. Le candidat du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick sera choisi ce soir.

La campagne sera courte. Et à en juger par les propos du premier ministre Alward à l’annonce de l’élection partielle, le ton de la campagne sera acrimonieux. On n’en est pas tout à fait au ton conciliant, qui avait pu en surprendre quelques-uns au lendemain de la convention à la direction du Parti libéral, quand les conservateurs avaient offert de ne pas présenter de candidats contre M. Gallant pour faciliter son entrée à l’Assemblée législative. Il y avait cependant une condition: l’un des députés libéraux devait céder son siège. Mais comme aucun des députés libéraux à l’Assemblée législative n’avait démissionné, l’offre ne tient plus.

Difficile de blâmer les libéraux de ne pas avoir créé une vacance à l’Assemblée législative. Les treize députés qui représentent le Parti libéral à l’Assemblée législative sont ceux qui ont résisté à la vague bleue des élections de 2010. Ils peuvent donc être considérés comme les députés ayant les assises les plus solides dans leur circonscription respective.

En annonçant le déclenchement de l’élection partielle, M. Alward a déclaré que les électeurs de Kent allaient avoir «l’occasion de rendre un verdict au sujet de la façon dont le Parti libéral a géré le scandale Atcon, les 70 millions $ que les contribuables du Nouveau-Brunswick ont perdus.» C’est une affirmation pour le moins étrange. Bien sûr, c’est un gouvernement libéral qui a pris cette décision. Mais ni les membres du parti, ni même le caucus des libéraux n’ont été consultés dans cette décision. C’est le Conseil exécutif formé du Cabinet des ministres de l’administration Graham à qui revient cette décision. Brian Gallant ne faisait pas partie de ce gouvernement et il ne siégeait pas non plus au caucus libéral, n’étant pas député. Alors, faire de cette élection partielle une espèce de référendum sur l’affaire Atcon, c’est un peu tiré par les cheveux.

Quoi qu’il en soit, l’élection partielle dans Kent est un test important tant pour le chef du Parti libéral, que pour le gouvernement Alward.

Les conséquences et les enjeux sont beaucoup plus importants, cependant, pour M. Gallant: ce serait terriblement embarrassant pour lui s’il devait rater cette possibilité de se faire élire. Un tel échec infligé par l’électorat le placerait dans une position délicate et inconfortable comme chef de parti. En se fiant au reportage du journaliste Damien Dauphin publié dans nos pages lundi, les troupes libérales semblent toutefois gonflées à bloc en prévision de cette élection. Mais l’élection n’est pas gagnée pour autant. Bien sûr, la circonscription a été le fief des libéraux depuis très longtemps. Si en 1998 la victoire libérale a été facile, quand Shawn Graham a gagné cette élection partielle avec tout près de 65 % des voix exprimées, le résultat des autres élections a été beaucoup plus serré. En 2003, les libéraux ont acquis dans le comté de Kent 56 % des voix, 52 % en 2006 et 55 % en 2010. Si la marge était suffisante pour remporter l’élection, elle n’est pas insurmontable pour les adversaires des libéraux.

De son côté, le Parti progressiste conservateur du Nouveau-Brunswick aimerait bien remporter cette élection. Ce serait excellent pour le moral de ses troupes, moral un peu ébranlé par l’insatisfaction tenace à l’endroit du gouvernement Alward que manifeste l’échantillon de l’électorat dans les sondages. Une victoire de son parti dans Kent enverrait au premier ministre Alward le message que les électeurs préfèrent sa façon d’exercer le pouvoir à celle des libéraux. C’est pourquoi M. Alward tente de faire coller l’affaire Atcon au Parti libéral, plutôt qu’au gouvernement de Shawn Graham.

Il serait étonnant cependant que M. Alward gagne son pari. Habituellement, quand le taux d’insatisfaction est élevé à l’endroit d’un gouvernement, celui-ci ne connaît pas tellement de succès lors d’une élection partielle. À suivre.