Un autre tour de passe-passe?

Selon les observateurs de la scène politique à Ottawa, lorsque le ministre des Finances du Canada dévoilera son budget cet après-midi, Jim Flaherty aurait décidé de rapatrier les 2 milliards $ que le gouvernement fédéral transfère aux provinces pour la formation des travailleurs. Il pourrait aussi ramener sous le contrôle d’Ottawa les 500 millions $ que le fédéral verse aux provinces pour les programmes de formation offerts aux travailleurs qui n’ont pas travaillé assez longtemps pour être admissibles au régime de l’assurance-emploi.

L’argument du ministre Flaherty pour procéder au rapatriement de ces fonds prétend que les gouvernements provinciaux n’ont pas obtenu de résultats probants à l’usage des fonds fédéraux. Sur quoi base-t-il son jugement? C’est la question que tout le mode se pose. Cependant, personne n’est au courant d’une étude sur la question, encore moins de données qui appuient le jugement du ministre Flaherty. En fait, selon une évaluation faite par le gouvernement de l’Ontario sur le taux de placement des employés qui ont été formés grâce aux fonds fédéraux pour réorienter leur carrière, 81 % des gens formés ont pu se trouver un emploi, rapporte le National Post. Ce serait la seule étude à propos de l’usage des fonds fédéraux qui dispose de données empiriques sur les résultats des programmes provinciaux financés par le Canada, et elle contredit le jugement posé par Flaherty.

Alors si le ministre Flaherty ne dispose de données lui permettant de poser ce jugement sévère, pourquoi pose-t-il le geste et quelles conséquences aura-t-il?

Au budget de l’an dernier, l’accent a été mis, encore une fois, sur les compressions budgétaires, des compressions qui visaient tant la taille de la fonction publique que les programmes et les services qu’elle offre au public, y compris, vous l’avez constaté, le régime de l’assurance-emploi. Deux milliards et demi de dollars additionnels dont le gouvernement fédéral pourrait disposer, en plus des compressions qui continueront à croître et qui dégageront davantage de marge de manœuvre vers la poursuite de l’équilibre budgétaire, constituent un élément de plus à la réalisation de ses objectifs financiers. Le gouvernement Harper, c’est évident, compte se présenter à l’électorat en étant le plus près possible de l’équilibre budgétaire, question de se maintenir au pouvoir en convainquant l’électorat qu’il est le parti le plus compétent pour gérer les finances publiques et l’économie du Canada.

La prétention implicite du ministre des Finances c’est aussi qu’il est plus compétent que les administrations provinciales pour utiliser les fonds destinés à la formation qui mène à la création d’emplois additionnels au pays. Si vous avez porté attention aux nombreuses publicités télévisées du Plan d’action économique, elles mettent, entre autres, l’accent sur la formation d’employés dans des secteurs technologiques de pointe. On peut être à peu près certains que le Nouveau-Brunswick y perdra au change. L’argent ira vers les provinces qui ont un secteur technologique très développé: l’aérospatial, l’automobile, le secteur pétrolier. Les provinces qui y gagneront: l’Alberta, évidemment, l’Ontario et, dans une moindre mesure, le Québec et la Nouvelle-Écosse (pour la construction navale).

Lorsque ces milliards de dollars touchant la formation professionnelle ont été transférés aux provinces, c’était à la suite des revendications du Québec parce que l’éducation est de juridiction provinciale. Avec le transfert des fonds, des milliers de fonctionnaires fédéraux à travers le Canada sont passés au service des provinces. Il y a fort à parier qu’en rapatriant les fonds, M. Flaherty ne rappellera pas ces ex-fonctionnaires fédéraux sous le drapeau du Canada. Privées des fonds fédéraux, les provinces devront effectuer des mises à pied importantes.

Pas nécessaire d’être fin analyste pour conclure que si le budget dévoilé cet après-midi confirme le rapatriement des deux milliards et de demi de dollars à Ottawa, les provinces de l’Atlantique se retrouveront, une fois de plus, avec la courte paille.