Le budget d’un gouvernement majoritaire, têtu et sans pitié

Si le gouvernement Harper était encore minoritaire, jamais il n’aurait osé déposer un budget comme celui qu’il a dévoilé jeudi, à moins de n’avoir pas retenu la leçon en décembre 2008 quand il a dû faire appel à la prorogation du Parlement pour éviter d’être défait par les partis d’opposition.

Court rappel. Au plus haut de la crise économique de 2008, alors que le secteur de l’automobile était au bord de la faillite, tant au Canada qu’aux États-Unis, et que notre principal partenaire économique vivait une crise sans précédent du crédit, le ministre des Finances Jim Flaherty avait annoncé une mise à jour budgétaire dont la priorité était l’équilibre des dépenses et des revenus de son gouvernement.

Cette approche, surprenante et inconsciente étant donné le contexte économique, aurait enlisé le Canada dans une dépression dont nous aurions eu de la difficulté à nous relever. Un mois plus tard, en janvier 2009, le ministre Flaherty revenait en Chambre présenter un budget qui comprenait un investissement dans les infrastructures stratégiques pour maintenir en activité le secteur de la construction, un plan de sauvetage de l’industrie automobile, une aide plus modeste à l’industrie forestière, et quelques autres mesures pour soutenir l’économie canadienne.

Bien sûr, toutes ces mesures ont engendré un déficit budgétaire important, mais il a eu pour effet non seulement d’empêcher le Canada de sombrer dans un abysse économique, mais aussi d’être le pays qui s’est le mieux tiré d’affaire des effets pervers de cette récession.

Des économistes de diverses tendances jugent, en tenant compte du ralentissement économique observé au Canada depuis le deuxième trimestre de 2012, qu’il aurait été souhaitable que le gouvernement du Canada poursuive une stratégie d’investissements pour maintenir une vigueur minimale de l’économie canadienne. Par rapport à ses partenaires du G8, la situation de la dette nationale du Canada ne commande pas d’urgence à équilibrer le budget fédéral. Les motifs du premier ministre Harper ne s’ancrent donc pas dans des principes économiques. Ils sont plutôt motivés par sa volonté de vouloir se présenter aux prochaines élections en ayant atteint l’équilibre budgétaire, indépendamment des coûts que devront payer tant la société civile canadienne que des régions comme la nôtre.

Le gouvernement Harper nous répondrait certainement que le budget prévoit pour les dix prochaines années des investissements de 5 milliards $ par année dans les infrastructures au pays. Le gouvernement fédéral, selon le bureau du directeur parlementaire du budget, aura dépensé plus ou moins 250 milliards $ durant l’année fiscale qui se termine la semaine prochaine. Dans une économie comme celle du Canada, dont le produit intérieur brut dépasse 1500 milliards $, les 5 milliards par année ont peu de chance d’influer le cours global de l’économie canadienne, c’est clair. Cela dit, même si le programme est reconduit pour dix ans, plutôt que vingt ans comme le demandaient les municipalités, c’est un élément positif du budget. Positif, mais insuffisant.

Finalement, le budget de 2 milliards $ pour l’acquisition de compétences par les chômeurs ne sera pas touché cette année puisque l’entente avec les provinces ne vient à échéance que l’an prochain, en 2014. À partir de l’an prochain, cependant, pour chaque dollar du gouvernement fédéral investi dans ce programme, les provinces et les employeurs devront égaler la participation du fédéral. L’accent sera mis sur les emplois vacants, dans des secteurs clés où le Nouveau-Brunswick ne fait pas figure de chef de file, sans compter que ses ressources financières déjà lourdement hypothéquées pourront difficilement relever ce défi.

Tant dans son approche à l’acquisition de compétences professionnelles que de sa stratégie d’investissements dans les secteurs économiques, le gouvernement Harper mise sur les régions déjà prospères du pays, laissant aux régions comme le Nouveau-Brunswick le rôle d’un bassin de main-d’œuvre à pousser vers l’Ouest et le secteur manufacturier de l’Ontario, ou dans le meilleur des cas, vers la construction navale qui se mettra en branle dans quelques années à Halifax. Les régions rurales du Canada sont laissées pour compte dans ce budget… et les suivants.