À la croisée des choix

Cet après-midi, le ministre des Finances du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, présentera son troisième budget. De son propre aveu, le défi est grand, les choix difficiles. Difficiles parce que malgré les efforts du gouvernement Alward pour contrôler les dépenses, les revenus ne sont pas au rendez-vous.

L’an dernier, le budget prévoyait déjà un déficit de 183 millions $, pour l’année fiscale qui se termine la semaine prochaine. Dans son rapport financier pour le troisième trimestre de 2012-2013, publié le mois dernier, le ministère des Finances a établi le déficit révisé à 411 millions $. L’impôt sur le revenu des particuliers a rapporté 126 millions de moins que prévu, les redevances que comptait encaisser le gouvernement sont inférieures de 32 millions, dû tant à une baisse de la demande de potasse que de son prix. Les redevances sur le bois sont également à la baisse. Et la liste continue: baisse des revenus tirés des placements, d’Alcool NB, d’Énergie NB, des ventes de biens et services, des revenus des sociétés et de la vente du tabac, également en baisse. L’augmentation de la dette, que le gouvernement voulait limiter à 783 millions $, se situait déjà à 959 millions $ à la fin du troisième trimestre.

Le rapport financier du troisième trimestre a été dévoilé au moment où le ministre Higgs entamait sa tournée de consultation budgétaire. L’augmentation du déficit et de la dette n’était pas une surprise: on pouvait difficilement s’attendre à ce que le gouvernement évolue vers un budget équilibré en se contentant de comprimer les dépenses publiques. Dans un climat économique déjà difficile, la compression des dépenses gouvernementales a elle-même constitué un autre facteur qui a contribué à une perte d’emplois, et par conséquent, de revenus tirés de l’impôt des particuliers.

Durant la tournée de consultation prébudgétaire, les trois suggestions les plus fréquentes au ministre des Finances du Nouveau-Brunswick ont été: l’abandon des baisses d’impôt accordées en 2008, le retour des péages sur les autoroutes de la province et l’augmentation de 2 % du taux de la taxe de vente harmonisée. Revenir au taux d’imposition de 2007 engendrerait des revenus additionnels de 323 millions $ au Trésor public, l’augmentation de la TVH en ajouterait plus ou moins 270 millions, alors que le ministre Higgs estime que les péages pourraient rapporter entre 30 et 60 millions, plutôt que les 100 millions qui ont été avancés par certains analystes. Comme nous en avons débattu dans un éditorial paru le 9 février, pour la TVH et les péages, le ministre Higgs est menotté par la Loi sur la protection des contribuables. Nous réitérons que cette loi devrait être révoquée, pour permettre la mise en œuvre d’outils financiers susceptible d’améliorer substantiellement la situation financière de la province.

Le gouvernement doit donc arrêter des choix. Il doit choisir entre sa promesse de ne pas augmenter les impôts et son engagement de maîtriser la dette publique. Pour le moment, les perspectives à moyen terme de la croissance de l’économie du Nouveau-Brunswick ne sont pas très bonnes. Le financement fédéral des infrastructures se poursuivra, mais les autres sources de financement en provenance d’Ottawa sont légèrement à la baisse: le rapport financier du troisième trimestre indique une baisse de la contribution fédérale de 10 millions $ pour les trois premiers trimestres de 2012-2013. Le budget fédéral dévoilé jeudi n’a pas annoncé de mesures susceptibles d’aider le gouvernement du Nouveau-Brunswick à améliorer sa situation financière.

Pourtant, le gouvernement Alward aurait bien eu besoin de l’aide du fédéral. C’est son avant-dernier budget avant les prochaines élections. Augmenter les impôts n’est jamais populaire. Mais d’un autre côté, après avoir martelé pendant quatre ans l’irresponsabilité du gouvernement Graham d’avoir augmenté la dette publique du Nouveau-Brunswick, le gouvernement Alward peut difficilement laisser encore cette dette augmenter de 1 milliard $ par année jusqu’à la prochaine élection.