Le budget de l’indifférence

Hier, à la sortie de l’étude à huis clos du budget 2013-2014 du gouvernement du Nouveau-Brunswick, il était difficile de trouver des gens enthousiastes. Tant la presse que les corps intermédiaires de la province ont accueilli le budget avec une moue d’indifférence. Étant donné le déficit important accumulé cette année, les observateurs avertis s’attendaient à un coup de barre décisif de la part du gouvernement Alward. Ce n’est pas le cas.

Quand l’équipe de l’Acadie Nouvelle a pris connaissance du résumé du budget mardi matin, en lisant que le gouvernement prévoyait en 2013-2014 un déficit de 478 millions $, nous avions d’abord cru que c’était le déficit ajusté pour l’année qui se termine. Eh bien non, c’est bel et bien pour l’année prochaine!

Comme plusieurs s’y attendaient, il y aura bien une augmentation de l’impôt sur le revenu, mais plutôt que d’être au niveau de 2007, le gouvernement Alward a choisi le taux d’imposition des revenus des particuliers en vigueur en 2006. Certains se rappelleront peut-être que le gouvernement Graham avait augmenté les impôts à son premier budget, en 2007, avant d’accorder de généreuses exemptions l’année suivante. En choisissant l’échelle d’impôt de 2006 plutôt que celle de 2007, le gouvernement Alward augmentera ses revenus de 136 millions par rapport à ce qu’il a perçu en 2012-2013. S’il avait choisi le taux d’imposition de 2007, c’est 323 millions qu’il aurait récoltés des contribuables. Une partie de la différence s’explique aussi par le fait que ces nouveaux taux d’imposition ne prendront effet que le 1er juillet, plutôt que le 1er avril. L’an prochain, c’est 198 millions de plus que le gouvernement encaissera du revenu des particuliers, soit 125 millions de moins que s’il avait choisi le taux d’imposition de 2007. Le ministre des Finances a pris soin de préciser que malgré cette augmentation, les particuliers paieront toujours moins d’impôt que les contribuables des autres Provinces maritimes ou du Québec.

Quant aux entreprises, leur taux général d’imposition augmentera de 2 %, passant de 10 à 12 %. Ainsi le gouvernement augmentera de 22 millions ses revenus tirés du revenu des sociétés commerciales. Le gouvernement note que même à 12 %, le taux d’imposition des sociétés demeure le plus bas en Atlantique.

Le consensus de notre équipe se résume à ceci: les mesures prises par le gouvernement Alward sont timides, trop timides pour corriger de façon significative la situation financière du Nouveau-Brunswick, trop modestes pour influer sur la situation globale de son économie.

De son propre aveu, le gouvernement Alward estime que ses investissements dans les infrastructures sont modestes: moins de 1 % seront consacrés à de nouveaux projets. En conférence de presse, le ministre des Finances, Blaine Higgs, a confié qu’il juge que les investissements gouvernementaux n’ont pas d’effet durable sur l’économie de la province, d’où la décision de n’effectuer que les investissements les plus urgents. M. Higgs a raison sur l’effet à long terme des investissements gouvernementaux, entre-temps toutefois, la modestie des investissements contribue à la perte d’emplois et au ralentissement de l’activité économique, principalement, mais pas uniquement, dans les secteurs des transports et de la construction.

Le gouvernement Alward a opté pour une action étapiste: une augmentation raisonnable des impôts, surtout chez les plus hauts salariés, des investissements modestes, une compression des dépenses qu’il juge adéquate, et une progression plus lente vers l’équilibre du budget de manière à ne pas faire mal trop mal à la société civile, aux entrepreneurs, à la fonction publique et, globalement, à l’économie.

L’an dernier, le gouvernement se disait persuadé d’arriver à l’équilibre budgétaire assez rapidement. Cette année, il doit se résoudre à augmenter les impôts parce qu’il se rend bien compte que les objectifs de l’an dernier étaient trop ambitieux, irréalistes, qu’il comptait beaucoup trop sur le rétablissement de l’économie de la province, un vœu pieux qui n’a pas été exaucé. À son troisième budget, ce n’est que cette année que le gouvernement Alward voit la réalité en face. S’il l’avait fait il y a trois ans, il serait aujourd’hui en bien meilleure posture.

Jeudi, nous reviendrons sur le budget en examinant son impact sur les secteurs de la santé, de l’éducation, de la formation et des affaires municipales.