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Une semaine après le dévoilement du budget fédéral, le ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles du Canada, James Moore, a confirmé que la Feuille de route des langues officielles allait maintenir un budget d’un peu plus de 1 milliard $, réparti sur cinq ans, de 2013 à 2018.

Monsieur Moore avait sans doute envoyé des signaux encourageants aux communautés des langues officielles du pays: cette année, nous n’avons pas détecté le même niveau d’angoisse des milieux associatifs que celui qui s’était manifesté en 2008, dans l’attente d’une confirmation du financement fédéral des programmes sur les langues officielles.

Il faut dire qu’en 2008, alors que c’était Josée Verner qui était responsable du dossier, les communautés francophones avaient dû attendre jusqu’en juin pour apprendre que le gouvernement Harper allait concéder 1,1 milliard $ aux programmes d’aide aux communautés de langues officielles. Entre son accession au pouvoir en 2006 et l’annonce de financement en 2008, le gouvernement Harper avait aboli le programme de contestation judiciaire, et plusieurs organisations de la société civile, oeuvrant dans les arts et les droits civiques, avaient été victimes de la disparition du financement du gouvernement fédéral. La tension était donc palpable chez des organisations comme la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, la Société nationale de l’Acadie ou la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, pour ne nommer que celles-là. Le gouvernement Harper avait retenu les services de l’ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, pour procéder à des audiences de consultation à travers le Canada et rédiger des recommandations quant à la voie que devrait emprunter le gouvernement fédéral pour appuyer les communautés de langues officielles au pays. En avril 2008, le comité parlementaire sur les langues officielles, qui avait tenu des audiences partout au pays à l’automne 2006, avait fait passer un mauvais quart d’heure à M. Lord au dépôt de son rapport. Les critiques portaient sur son omission de traiter de l’abolition du Programme de contestation judiciaire, ou de s’être contenté d’y faire une allusion très vague quant à la demande par de nombreux groupes de reconduire le programme. Quoi qu’il en soit, le milieu associatif avait accueilli l’annonce de juin 2008 avec soulagement, mais sans grand enthousiasme, avaient noté à l’époque la plupart des organes de presse.

Le plan d’action en matière de langues officielles du gouvernement fédéral, annoncé la semaine dernière, avance trois priorités: l’éducation, l’immigration et l’appui aux communautés de langues officielles, avec le même budget, 1,1 milliard $, que le programme de 2008.

En consultant les communiqués de presse des organismes, il n’est pas difficile de constater qu’ils n’ont pas réagi avec un enthousiasme débordant. Généralement, on reconnaît que la reconduction du budget est «un geste tangible» d’appui aux communautés linguistiques, un geste qui correspond «assez bien» aux discussions qui ont animé les négociations menant au nouveau programme, selon la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

Le premier ministre Harper estime, quant à lui, que la feuille de route des cinq prochaines années donne à son gouvernement «les moyens d’agir de façon concrète dans des domaines d’action que les Canadiens estiment importants, soit l’éducation, l’immigration et l’appui aux communautés». Le ministre James Moore ajoute que cette nouvelle feuille de route représente la poursuite de la démarche entamée il y a cinq ans.

Au moins, cette fois, le gouvernement n’a pas laissé poireauter les communautés linguistiques pendant de longs mois avant d’annoncer le financement. C’est déjà une nette amélioration de son attitude, une amélioration en grande partie due à la diligence avec laquelle James Moore a traité le dossier. Ce faisant, le ministre a manifesté beaucoup plus de respect et d’attachement aux communautés linguistiques que ne l’avait démontré Josée Verner.