Une étrange attitude

Hier, le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Hugh John Flemming, défendait dans nos pages la décision du gouvernement de plafonner les paiements de l’assurance-maladie, une mesure qui affecte évidemment les médecins de la province.

Dans son discours du budget, le ministre des Finances a donné sa perspective de l’assurance-maladie. Blaine Higgs juge que les services de santé gratuits c’est un mythe: le patient ne voit jamais la facture, mais elle existe bel et bien. Et cette facture ne cesse d’augmenter. À ce chapitre, les chiffres lui donnent raison. Dans son discours du budget, Blaine Higgs comparait l’accès universel aux soins de santé à la détention d’une carte de crédit. Tous les citoyens du Nouveau-Brunswick ont une carte de crédit pour assumer les frais de santé. Les détenteurs d’une carte d’assurance-maladie, contrairement à ceux qui détiennent des cartes de crédit, ne voient jamais la facture des services qu’ils se procurent avec leur carte. La facture de celle-ci est envoyée aux contribuables du Nouveau-Brunswick. Et pour poursuivre son analogie, le ministre des Finances estime que la marge de crédit de la carte de l’assurance-maladie est depuis longtemps dépassée. C’est ainsi que le ministre des Finances a préparé l’annonce du plafonnement à 425 millions des paiements de l’assurance-maladie; ce plafonnement est en quelque sorte l’imposition d’une marge de crédit sur notre carte d’assurance-maladie.

Toute comparaison est imparfaite. Mais tout le monde comprend que l’accès universel à des soins de santé coûte cher. C’était le cas aussi pour les gouvernements précédents, et ce n’est pas d’hier que les soins de santé représentent la dépense la plus importante du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Les ministres Higgs et Flemming ne nous apprennent rien à ce chapitre.

Après deux ans et demi au pouvoir, cette année la prétention du gouvernement Alward de pouvoir équilibrer le budget du Nouveau-Brunswick sans toucher aux impôts a été abandonnée. C’était inévitable, mais aussi très prévisible. Il reste que M. Alward avait fait la promesse d’augmenter le budget de la santé de 3 % chaque année de son premier mandat.

Ce qui est surprenant et assez étrange, c’est la persistance avec laquelle le ministre de la Santé s’attaque aux médecins de la province, et surtout à leur organisation, la Société médicale du Nouveau-Brunswick. Visiblement, il reçoit très mal la réaction de la Société médicale eu égard au plafonnement des paiements de l’assurance-maladie. Le ministre Flemming prétend que la Société médicale est déconnectée de ses membres parce qu’il dit n’avoir reçu que des encouragements et du soutien des médecins du Nouveau-Brunswick. Une telle affirmation équivaut à avoir la prétention d’être plus près de l’ensemble des médecins du Nouveau-Brunswick que l’organisation qui les représente.

Si nous ne doutons pas que certains médecins aient pu communiquer leur encouragement au ministre de la Santé, nous serions très surpris que le nombre de médecins qui l’encouragent soit plus important que ceux qui soutiennent leur organisation. Un organisme comme la Société médicale du Nouveau-Brunswick reçoit son mandat de ses membres. Si la Société médicale affichait des positions contraires aux positions adoptées par ses membres, ceux-ci ne manqueraient certainement pas de la rappeler à l’ordre.

Les médecins sont aussi des citoyens, et à ce titre, nombre d’entre eux n’hésitent pas à s’impliquer en politique partisane. C’est leur droit et ils ont raison de s’en prévaloir. Cependant, le ministre de la Santé serait mieux de considérer le point de vue de l’ensemble des médecins de la province membres de la Société médicale, plutôt que de chercher refuge auprès des médecins membres de son parti et qui partagent son point de vue.

La Société médicale du Nouveau-Brunswick a été fondée en même temps que le Canada, en 1867. Son but, entre autres, est de veiller à protéger les conditions de travail de ses membres. Tenter de discréditer une telle organisation pour défendre une décision ne peut que conduire à des relations marquées par davantage de tension. C’est une attitude risquée avec un groupe que le ministre aurait tout intérêt à considérer comme des partenaires plutôt que des adversaires.