Le Titan à sauver ou à déménager

Le propriétaire du Titan d’Acadie-Bathurst, Léo-Guy Morrissette, a décidé de vendre son équipe. La bonne nouvelle, c’est qu’il semble vouloir se tourner vers des gens d’affaires du Nord-Est (menés par Léopold Thériault) voués à assurer la pérennité de l’équipe à Bathurst. La mauvaise, c’est qu’il est peut-être trop tard pour effectuer un grand renversement de tendance.

Ce n’est pas la première fois que Léo-Guy Morrissette décide de vendre son équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. En 2009, il avait laissé croire qu’il était prêt à effectuer une transaction avec un groupe de Bathurst mené par Daryll Stothart. Pour faire monter les enchères, M. Morrissette avait aussi négocié avec un autre groupe qui voulait déménager l’équipe à Terre-Neuve.

Finalement, il a vendu à ses enfants, avant de reprendre son joujou une année plus tard. On ne sort pas facilement un homme de hockey de sa grande passion.

Mais voilà, loin de s’être améliorées, les choses ont empiré pour le Titan. Puisqu’il s’agit d’une entreprise privée, il est évidemment impossible pour le commun des mortels d’avoir accès aux livres. Mais l’organisation affirme ne plus être rentable depuis déjà quatre ans. Il faut se rendre à l’évidence, un changement de propriétaire ne fera pas de tort. L’équipe a besoin d’un nouveau souffle, tant sur la patinoire (l’équipe n’a pas gagné une ronde éliminatoire dans les cinq dernières années; neuf entraîneurs se sont succédé depuis 2004) que dans ses bureaux.

Il a pas mal toujours été de bon ton dans la région de critiquer Léo-Guy Morrissette, un homme qui ne craint pas la controverse. Il faut pourtant lui donner du crédit pour avoir cru dans la région d’Acadie-Bathurst et y avoir déménagé son équipe. Sous son égide, le Titan a connu à ses débuts de grands succès de foule (souvenez-vous de ces gens qui campaient sur la pelouse du Centre régional K.-C.-Irving pour acheter des billets) et sur la glace. Le phénomène de la Titanmanie ne sera sans doute plus jamais répété sur la scène sportive acadienne.

Le Titan est un élément positif pour la région. Il lui donne de la visibilité au Québec et dans les Maritimes. Il apporte sa part de retombées économiques. Nous avons tendance à tenir l’équipe pour acquise, alors que nous nous sommes pourtant battus en premier lieu pour l’obtenir.

Il faut toutefois se rendre à l’évidence: M. Morrissette est à court de solutions. Tout le monde l’avait compris depuis des années, sauf peut-être lui. L’avenir du Titan d’Acadie-Bathurst passe par de nouveaux pro­priétaires.

Malheureusement, il faudra plus que de nouveaux visages pour relancer, ou même simplement sauver l’équipe. La moyenne de spectateurs du Titan est d’environ 1400 par partie, de loin la pire des trois ligues juniors du Canada.

On sous-estime en effet l’impact que le climat économique a eu sur l’équipe. À son arrivée à Bathurst, en 1998, le Titan avait signé des ententes avec d’importants employeurs, dont la Smurfit-Stone et la mine Brunswick. Cela permettait aux employés d’acheter des abonnements de saison en faisant retirer un montant par leur employeur directement sur leur paie, aux deux semaines. La Smurfit-Stone est aujourd’hui fermée, et la mine n’en a plus pour longtemps.

L’économie et le prix de l’essence ont peut-être eu raison du caractère régional de l’équipe. Il faut vraiment être fou de hockey pour rouler une heure de route, avec l’essence qui atteint 1,32 $ le litre, dans le but de voir à l’oeuvre une équipe qui perd pas mal plus de matchs qu’elle en gagne. En comptant aussi le prix des billets, de la bière et de la nourriture au Centre régional K.-C.-Irving, on réalise rapidement qu’une famille de la Péninsule acadienne ou du Restigouche doit débourser pas loin de 100 $ pour assister à une seule partie.

Bref, les défis ne manquent pas pour le groupe d’acheteurs, à supposer qu’ils arrivent à mener à bien cette transaction (au moment de mettre sous presse, le Titan appartient toujours à Léo-Guy Morrissette). Leur principal avantage est que tous ces actionnaires pourront mettre à profit leurs réseaux de contacts pour vendre un plus grand nombre d’abonnements de saison et obtenir plus de commandites.

Est-ce que cela suffira pour sauver le Titan? Personne ne le sait. Les futurs propriétaires se donneraient trois ans pour voir s’il est possible de faire un miracle (car c’est bien de cela qu’il s’agit). Ce que l’on sait, par contre, c’est que les succès de foule dans les autres marchés de petite ou de moyenne taille (Moncton, Shawinigan, Chicoutimi) commencent toujours avec des actionnaires locaux. Léo-Guy Morrissette doit donc vendre s’il veut donner la chance à son bébé de vivre encore quelques années.