Nous ne sommes plus seuls

 L’automne dernier, quand les manifestations aux changements de l’assurance-emploi commençaient, les sondages sur les intentions de vote des électeurs pouvaient laisser penser que les gens de l’Atlantique et du Québec étaient les seuls à craindre les effets des politiques adoptées par le gouvernement Harper. Cependant, depuis la reprise des travaux parlementaires à Ottawa, le dépôt du budget fédéral et d’un nouveau projet de loi omnibus, il semble que l’insatisfaction des Canadiens s’étend à la grandeur du pays.

Aux dernières élections fédérales, le Parti conservateur du Canada a remporté une confortable majorité de sièges à la Chambre des communes en obtenant tout près de 40 % des votes. Bien que la popularité du gouvernement Harper a fléchi un an après son élection, jusqu’à l’automne dernier sa cote de popularité se maintenait au-dessus de la barre de
35 %.

Mais cet hiver, la cote du gouvernement Harper n’a cessé de baisser, et avec elle, la cote personnelle du premier ministre. Entre le début février et cette semaine, l’appui au gouvernement Harper a glissé autour de 30 %, le plus récent sondage de la firme Forum Research l’établissant à 29 % (sondage publié le 2 avril). Quelle que soit la méthodologie de sondage employée par les diverses firmes de sondage, les résultats des sept derniers sondages depuis le début février se ressemblent: les électeurs sans attachement partisan qui avaient favorisé M. Harper aux dernières élections semblent se tourner vers d’autres partis, d’où une cote qui s’ancre à 30 %. Selon certains observateurs, cette perte de popularité du gouvernement Harper se traduirait par une perte de 42 sièges, lui faisant perdre sa majorité, même avec une carte électorale redessinée à son avantage.

Les enquêtes d’Élections Canada ont mené au dépôt, cette semaine, d’une accusation visant un travailleur du Parti conservateur dans Guelph, en Ontario. L’organisme fédéral continue son enquête dans une cinquantaine de circonscriptions à la suite de plaintes portant sur des appels frauduleux du même type que ceux qui ont abouti à l’inculpation liée aux élections dans Guelph. Le dernier sondage ayant été effectué avant le dépôt de cette accusation, il faut s’attendre à ce que le prochain sondage confirme la tendance de l’opinion publique des derniers mois, c’est-à-dire une désaffection pour le parti au pouvoir.

Comme on le rapportait hier, deux citoyens sur trois au Nouveau-Brunswick s’opposent à la réforme de l’assurance-emploi annoncée l’année dernière. Plus les détails de cette réforme sont connus, plus l’opposition monte et se renforce. Le sondage de Corporate Research ne départage pas les opinions des gens vivant en milieu rural de ceux qui vivent en milieu urbain, mais on peut facilement deviner que l’opposition à la réforme de l’assurance-emploi dans les régions rurales est plus forte que la moyenne pour l’ensemble de la province.

Malgré les manifestations incessantes dans un nombre croissant de régions du pays, le gouvernement Harper semble déterminé à maintenir sa réforme tant contestée de l’assurance-emploi. Sa position n’a pas bougé depuis mai 2012. Pourtant, l’opposition à cette réforme ne vient plus uniquement des travailleurs affectés par cette réforme. Des gouvernements municipaux, de plus en plus de corps intermédiaires, comme les chambres de commerce et des regroupements d’entreprises se joignent au concert de protestation contre cette réforme.

La réforme de l’assurance-emploi n’est pas à elle seule responsable du glissement de la popularité du gouvernement Harper. Mais si l’opposition populaire continue à s’étendre dans des régions clés du pays, elle forcera peut-être le gouvernement Harper à reconsidérer son attitude à l’endroit des régions plus rurales du pays. Chose certaine, les partis d’opposition, le NPD comme les libéraux, se sont engagés à abolir les dispositions de cette réforme.

L’absence d’empathie du gouvernement Harper à l’endroit des régions dominées par des industries saisonnières se manifeste aussi dans d’autres secteurs de la vie socioéconomique du pays, d’où le déclin de l’appui de l’électorat à son égard.