L’exemple des banques

La Banque Royale du Canada (RBC) s’est retrouvée au centre d’une controverse parce qu’elle remplacera 45 de ses employés canadiens par des employés d’un sous-traitant installé en Inde. Plutôt que de continuer à gérer elle-même ses services de technologies de l’information, la RBC, comme plusieurs autres banques, notamment la Banque Scotia ou la Banque Toronto Dominion, ferme le service pour le donner au sous-traitant iGate, une société installée en Californie, mais qui exploite des bureaux partout dans le monde, dont l’Inde d’où proviennent les employés dépêchés à la Banque Royale.

Cette nouvelle, qui a fait les manchettes de médias nationaux en fin de semaine dernière, a suscité des réactions plutôt critiques sur la décision de la banque. L’essence de ces critiques: dans le contexte difficile de l’emploi au Canada, la banque choisit d’exporter des emplois parce que c’est plus rentable d’opter pour des services assurés par une firme externe que de maintenir le service en utilisant ses propres employés.

Mis à part la publication de ses résultats financiers et de commenter la performance économique au Canada, la RBC est habituellement on ne peut plus discrète dans les médias. C’est à contrecœur que le PDG de la banque, Gord Nixon, a dû passer son lundi devant la presse pour défendre la décision de sa banque.

Gord Nixon affirme à sa défense que les activités du sous-traitant respecteront les lois et les normes canadiennes. À juste titre, la banque s’est défendue d’avoir commis un geste illégal. Tout ce qui est légal, toutefois, n’est pas nécessairement souhaitable pour le bien collectif, ou pour l’économie nationale.

L’impact de la décision de la RBC, en matière d’emplois, n’aura pas de conséquences graves: de l’aveu même des employés affectés, la plupart seront réassignés à d’autres postes dans le réseau de la RBC.

La culture actuelle de gestion financière, des banques comme de plus en plus d’entreprises privées et d’administrations publiques, vise le rendement le plus élevé possible aux investissements. Gord Nixon, le PDG de la Banque Royale, insiste qu’en tant que société financière active à l’échelle mondiale, la RBC crée des emplois à l’échelle planétaire, et que tout compte fait, elle est satisfaite de la croissance d’emplois au Canada stimulée par ses affaires.

La ministre des Ressources humaines du Canada, Diane Finley, a alimenté la controverse quand, par voie de communiqué, elle s’est dite préoccupée par la décision de la banque. L’emploi de travailleurs étrangers temporaires, a-t-elle rappelé, ne doit normalement pas contribuer à la perte d’emplois de travailleurs canadiens. Les travailleurs étrangers ne doivent être embauchés que lorsque les entreprises ne peuvent pas trouver de travailleurs qualifiés pour des emplois offerts. La réaction politique force la banque, habituellement fière de sa discrétion, à débattre publiquement sa décision de fermer son service au Canada pour en exporter l’exécution à un prix «beaucoup plus raisonnable».

Si le geste de la RBC, et des autres banques, est contesté, c’est qu’on remet en question l’engagement des banques à contribuer à un redressement encore délicat de l’économie canadienne. Alors que l’économie canadienne lutte pour maintenir le niveau d’emplois, que les banques canadiennes affichent des profits fort alléchants, il n’est pas très bien vu de comprimer des emplois au Canada.

En adoptant cette pratique d’exporter des emplois, les banques envoient également un message clair à leurs clients: la priorité ce sont les profits, la création d’emplois c’est une préoccupation secondaire. L’important c’est d’assurer un meilleur rendement sur l’investissement. L’effet domino de ces impératifs de gestion, l’effet cumulatif se traduit le plus souvent par une création d’emplois plus faible au pays. Bien sûr, on crée aussi des emplois au Canada, mais la question c’est également de considérer s’il est possible d’en créer davantage, ici. Nous en avons besoin. À quel moment la quête du profit cesse-t-elle d’avoir préséance sur l’intérêt national?

Les banques qui ont opté pour fermer des services au Canada pour les confier à des firmes étrangères n’étaient pas en difficulté financière, elles ne faisaient pas face à une crise. Elles visaient à maximiser leurs profits, en dépit des effets négatifs sur l’économie canadienne. Nous nous attendons à ce que les banques canadiennes soient des partenaires fiables et des chefs de file de l’effort national pour maintenir une économie canadienne vigoureuse. Leurs décisions d’exporter des activités hors du pays alors qu’elles pourraient très bien être exécutées au Canada ne sont pas des exemples souhaitables pour bâtir notre prospérité collective à long terme.