Une dernière chance pour le Titan

Le Titan d’Acadie-Bathurst est sauvé. La formation qui a fait jadis la fierté de tout le nord-est du Nouveau-Brunswick deviendra sous peu la propriété d’un groupe d’hommes d’affaires de la région. C’est une nouvelle positive, dans une région qui en a bien besoin.

Notons d’abord que la vente n’est pas officiellement conclue. Léo-Guy Morrissette et le groupe des 35 ont toutefois signé une entente de principe, le temps que tous les détails soient réglés. Dans les faits, la vente sera conclue dans un peu plus d’un mois. Rien ne laisse croire que tout va déraper d’ici là. Au contraire, tous les signaux sont positifs.

En acceptant de vendre son «bébé», Léo-Guy Morrissette lui donne une chance de survivre encore quelques années. À court de solutions, le propriétaire s’était rendu à l’évidence. L’équipe était condamnée. L’aventure de la Ligue de hockey junior majeur du Québec était sur le point de prendre fin à Bathurst. Le Titan a sans doute passé très près de déménager.

Surtout, il est important de souligner le fait que M. Morrissette ait vendu l’équipe à des intérêts locaux. Il aurait facilement pu faire monter les enchères et vendre à des actionnaires aux poches plus profondes, qui auraient immédiatement déménagé l’équipe dans la région de Montréal.

Le Titan d’Acadie-Bathurst est maintenant la propriété d’un groupe de 35 actionnaires, qui ont investi environ 100 000 $ chacun pour acheter l’équipe. C’est une bonne chose pour plusieurs raisons.

D’abord, les actionnaires ne proviennent pas uniquement de Bathurst, mais de tout le Nord-Est. Le porte-parole du groupe, Léopold Thériault, est originaire, par exemple, de Saint-Isidore. Or, avec la disparition des principaux employeurs privés de la région immédiate de Bathurst (la Smurfit-Stone, la mine Brunswick), l’équipe aura plus que jamais besoin de raviver son caractère régional.

De même, si l’arrivée de nouveaux propriétaires n’aura pas nécessairement pour effet de provoquer la cohue aux guichets, elle aura certainement un impact au sujet des commandites. Ces chefs d’entreprise et leurs contacts loueront des loges au Centre régional K.-C.-Irving. Ils achèteront de la publicité sur les bandes de la patinoire. Ils prendront des abonnements de saison qu’ils utiliseront pour leur famille, qu’ils remettront à leurs meilleurs clients ou dont ils se serviront à des fins promotionnelles. Ils feront de la publicité pour l’équipe dans leurs commerces.

Le Titan, dont les revenus sont sans doute parmi les moins élevés de toute la LHJMQ, recevra donc une bouffée financière d’air frais qui sera plus que bienvenue. Déjà, les investisseurs ont annoncé qu’ils augmenteront le budget de fonctionnement de l’équipe de 40 %, ce qui aura un effet sur la qualité du produit et sur l’expérience offerte aux spectateurs.

Enfin, il restera à voir quel impact aura la présence du hockeyeur professionnel Sean Couturier, originaire de Bathurst, parmi les propriétaires de l’équipe. Ne soyons pas surpris s’il vient faire un petit tour à Bathurst ou dans la Péninsule acadienne cet été pour mousser les ventes d’abonnements de saison.

Toutes ces bonnes nouvelles ne doivent cependant pas nous aveugler. Le Titan est sauvé, oui, mais pas pour toujours. Les investisseurs locaux se donnent de trois à quatre saisons pour évaluer s’il est possible de ramener les amateurs de hockey au Centre régional K.-C.-Irving. Et il n’y aura sûrement pas de plan B à ce moment-là. Si les assistances restent anémiques, l’équipe déménagera pour de bon, et le hockey junior ne sera plus qu’un souvenir.

Reverra-t-on dans les prochaines années des amateurs de hockey camper devant l’aréna pour acheter des billets, comme au temps de la Titanmanie, en 1999? Probablement pas. Entendrons-nous à nouveau le maître de cérémonie du banquet de l’Entrepreneur de l’année de la région Chaleur prendre un moment pour aviser l’assistance que le Titan vient de prendre l’avance à Halifax? L’avenir le dira.

Recréer ce lien qui a uni la population (et pas seulement les amateurs de hockey) au Titan d’Acadie-Bathurst est un défi gigantesque. Mais l’exploit a déjà été réalisé ailleurs, chaque fois avec l’aide d’hommes d’affaires locaux passionnés de hockey et au diapason de leur communauté.

C’est exactement la situation qui prévaudra à la tête du Titan cet automne, quand commencera le camp d’entraînement. Tout est mis en place pour une réussite. Dans ces circonstances, si la relance de l’équipe se solde quand même par un échec, ce ne sera pas faute d’avoir essayer.