Les enjeux politiques de Kent

Tous les partis politiques du Nouveau-Brunswick s’activeront en fin de semaine pour un ultime effort afin de gagner l’élection partielle du comté de Kent. Pour chacun des partis, une victoire leur assure une image importante auprès des électeurs du reste de la province.

Il n’y a pas de doute que le chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, doit absolument gagner cette élection. La circonscription est considérée comme un château fort libéral. Perdre cette élection dans une circonscription qui penche déjà pour son parti, quand on est chef de parti, il serait difficile de s’en remettre, c’est évident. Il semble que le chef du Parti libéral et candidat dans Kent, Brian Gallant, mène une campagne intense sur le terrain. Il se devait de le faire: il avait beau être le chef du parti, il n’était pas nécessairement très bien connu des électeurs. Il devait donc atteindre deux buts primordiaux: se faire connaître, bien sûr, mais surtout, Gallant devait gagner la confiance de l’électorat de Kent. Il avance comme priorités l’investissement en éducation et en formation, l’investissement dans des infrastructures stratégiques et il propose de mettre sur pied une agence de développement économique pour Kent. Face aux préoccupations des citoyens à propos du gaz de schiste, il s’accroche au moratoire proposé par le Parti libéral.

Quant au Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, son candidat, Jimmy Bourque, est un ex-chef de cabinet du ministre Paul Robichaud et de la sénatrice Rose-May Poirier. Homme d’affaires de Rogersville, il affirmait, vendredi dans nos pages, que de travailler avec M. Robichaud lui a permis d’approfondir ses connaissances en matière de développement économique, une priorité à son agenda. Bien malgré lui, il s’est retrouvé dans une controverse dont il a eu du mal à se débarrasser: son entreprise de construction a obtenu des contrats du gouvernement pendant qu’il travaillait pour le ministre Robichaud. Avant qu’il ne confirme que son avocat l’assure qu’il n’est pas en conflit d’intérêts selon la loi, la controverse l’a forcé à avoir à débattre de la question beaucoup plus longtemps qu’il ne l’aurait souhaité. Malgré l’assurance de son avocat sur la question, la perception des électeurs de Kent risque d’être différente. C’est ce que devraient nous révéler les résultats de l’élection lundi soir.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Dominic Cardy, fonde beaucoup d’espoir sur cette élection. Gagner contre un chef de parti, dans une circonscription que plusieurs lui concèdent, créerait une onde de choc dans le monde politique. Une victoire du NPD serait un grand coup à porter. La victoire indiquerait aussi que les politiques promues par le NPD du Nouveau-Brunswick résonnent fort chez l’électeur de la province. M. Cardy est encouragé par l’effervescence qui règne dans le camp de sa candidate, Susan Levi-Peters, qui a déjà été chef de la communauté d’Elsipogtog (Big Cove). Candidate en 2010, elle avait obtenu un peu plus de 1000 votes, comparativement aux 1800 du candidat conservateur et des 3800 obtenus par le premier ministre sortant, Shawn Graham. La pente à remonter est donc abrupte. Seule résidante de longue date de la circonscription, Susan Levi-Peters estime qu’elle est près des gens de Kent et qu’elle comprend et ressent les problèmes qui affligent le comté, des problèmes auxquels elle compte travailler à résoudre.

Bien que la réforme de l’assurance-emploi soit de responsabilité fédérale, le dossier domine la campagne. Mais au bout du compte, aucun des trois candidats ne pourra avoir d’influence réelle sur l’issue de cette réforme, une incapacité bien sûr inavouée de la part des trois candidats…

Le chef libéral doit gagner cette élection pour entrer à l’Assemblée législative d’où il devra démontrer ses capacités d’analyse des politiques du gouvernement Alward, et assumer son rôle de chef de l’opposition officielle. Pour le gouvernement Alward, une victoire de son candidat Jimmy Bourque agirait comme un baume sur la marque désobligeante que les sondages ont laissée sur le parti au pouvoir: l’insatisfaction grandissante de l’électorat. Quant au NPD, réussir un coup d’éclat dans Kent le mettrait en excellente position en vue des prochaines élections, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.