La nouvelle cible

Il y a un an, quand Thomas Mulcair a été élu chef du Nouveau Parti démocratique, la popularité du parti a très vite progressé au cours des mois qui ont suivi le congrès à la direction. M. Mulcair a même réussi, il y a quelques mois, à apporter la popularité de son parti à égalité avec celui de M. Harper.

Arrive Justin Trudeau, fraîchement élu à la tête du Parti libéral du Canada avec une majorité écrasante sur ses adversaires, une majorité jamais vue dans une course à la direction d’un parti politique fédéral. Il n’était pas encore officiellement le chef du parti que le dernier sondage d’opinion publique lui concède une avance intéressante dans les intentions de vote des électeurs canadiens. Deux ans et demi avant les prochaines élections, cette avance dans les sondages ne peut être prise qu’avec un gros grain de sel.

Chose certaine, le Parti conservateur du Canada ne prend pas ces sondages à la légère. Les troupes de M. Harper n’ont pas attendu pour attaquer le nouveau chef libéral. Les publicités télévisées du Parti conservateur sont déjà prêtes et elles ont été amplement visionnées dès lundi sur la Toile, en attendant leur diffusion au grand public par la télévision.

Si le Parti conservateur ne surprend personne en utilisant de nouveau la stratégie des attaques personnelles sur un adversaire, il espère obtenir les mêmes résultats obtenus que les campagnes lancées contre Stéphane Dion et Michael Ignatieff. Ces campagnes avaient été assez efficaces pour modeler l’opinion publique, et faire baisser rapidement la popularité des nouveaux chefs. Il n’est pas absolument certain, toutefois, que la stratégie fonctionnera aussi bien cette fois.

Il est déjà clair qu’on s’attaque à la jeunesse et au manque d’expérience du nouveau chef libéral. Lors des prochaines élections fédérales, Justin Trudeau aura 43 ans. S’il devait devenir premier ministre du Canada en 2015, il ne serait pas le plus jeune. C’est Joe Clark, chef du Parti progressiste du Canada, qui détient ce record quand il a battu Pierre Eliott Trudeau, le père de Justin, aux élections de l’automne 1979 et qu’il est devenu premier ministre du Canada à l’âge de 39 ans. Quand M. Harper a accédé au poste de premier ministre en 2006, il n’avait que 47 ans et il n’avait pas beaucoup plus d’expérience que le nouveau chef libéral.

Il n’y a pas que les attaques des conservateurs dont devra se défendre le nouveau chef libéral. Justin Trudeau représente aussi un adversaire de taille pour les troupes de Thomas Mulcair, dont le parti détient 59 sièges au Québec. Comme la popularité des conservateurs au Québec vogue dans les bas-fonds, la bataille du Québec se fera certainement entre les libéraux de Justin Trudeau et les néo-démocrates de Thomas Mulcair.

Quiconque a écouté la diffusion du couronnement de Justin Trudeau dimanche ne peut que conclure que le premier atout du nouveau chef c’est d’avoir réussi à unifier le parti qu’il dirige dorénavant. De l’avis de plusieurs observateurs de la politique fédérale, la course à la direction du parti a permis au nouveau chef d’affuter sa capacité de communication publique. Il ne semble pas craindre les attaques qu’il attendait des troupes conservatrices: il a prévenu les Canadiens que la campagne médiatique des conservateurs allait tenter de leur faire peur.

Ce qui énerve probablement les adversaires politiques de Justin Trudeau touche à sa capacité de rallier de l’appui. Durant la course à la direction du Parti libéral du Canada, son organisation a recruté une dizaine de milliers de bénévoles, et elle a réussi une collecte de fonds importante, ce que le Parti libéral du Canada n’avait pas tellement bien réussi depuis la défaite de Paul Martin aux mains de Stephen Harper. Comme Justin Trudeau sera la cible tant des conservateurs que des néo-démocrates, nous serons vite fixés sur sa capacité de débattre et de maintenir un appui de suffisamment de Canadiens pour lui ouvrir la voie vers la tête du pays.