L’ultime défi de Gallant

Dans sa courte carrière politique, Brian Gallant a relevé deux défis de belle façon. Il a reçu un appui massif des partisans libéraux lors de la course à la direction du parti et il vient de se faire élire député de Kent avec une très confortable avance dans les voix exprimées. Il n’est cependant pas au bout des défis politiques qu’il doit relever comme chef de parti.

Le théâtre de son prochain défi le porte à l’Assemblée législative. Il n’a jamais été parlementaire. C’est une autre étape de sa carrière. Féru de politique, Brian Gallant est sans doute bien informé des procédures parlementaires. Là ne se situe pas la difficulté. Il lui faudra maintenant affronter des parlementaires de longue expérience, comme Paul Robichaud, avec lesquels il lui faudra débattre de l’avenir de la province.

À cette expérience de parlementaire s’ajoute maintenant son rôle de principal critique du gouvernement Alward, un rôle tenu jusqu’à présent par le député Victor Boudreau. Il devra donc être bien préparé, bien connaître les dispositions des politiques adoptées par le gouvernement majoritaire de David Alward. Plus la date des élections se rapprochera, plus il devra articuler clairement les propositions de son parti à l’électorat du Nouveau-Brunswick, ce qu’il a commencé à faire durant la campagne électorale dans Kent.

Rappelons-nous que sa priorité, quand il a accédé à la direction de son parti, est de proposer une autre façon de faire de la politique, de s’éloigner des vieilles habitudes partisanes, de redonner aux citoyens une confiance envers la classe politique.

Il s’est donné comme grande mission de combattre le cynisme des électeurs envers la classe politique. La mission est noble, mais difficile à concrétiser quand on est dans l’opposition. Difficile à réaliser parce que l’électorat a vu défiler au cours des années nombre de politiciens afficher de beaux principes qui se sont évaporés, peut-être, au gré des contraintes inhérentes à l’exercice du pouvoir. Alors, comment arriver à convaincre un électorat sceptique que cette fois ce sera différent?

De façon plus concrète, Brian Gallant devra convaincre les électeurs du Nouveau-Brunswick que son parti dispose d’un plan crédible pour relancer l’économie anémique de la province. Avoir l’intention de rétablir l’économie de la province c’est bien; exposer de façon claire comment y arriver est non seulement souhaitable, mais essentiel. Pour le moment, nous ne sommes que fixés sur les intentions de Brian Gallant. Mais comme l’a appris David Alward depuis son accession au pouvoir, il est beaucoup plus difficile de livrer la marchandise que de la promettre.

Si la tendance actuelle se maintient, le premier ministre Alward n’aura pas un bilan très reluisant à offrir en campagne électorale en 2014. La majorité des emplois créés au Nouveau-Brunswick le mois dernier sont à temps partiel, selon les rapports de Statistique Canada. Plutôt que de présenter un bilan concluant, David Alward risque de devoir se présenter comme un marchand d’espoir, une approche habituellement plus facile quand on forme le parti d’opposition, quand il n’y a pas de bilan à défendre. Comme nous l’avons vu depuis 2010, il est beaucoup plus facile de critiquer que de réaliser les objectifs qu’on se donne.

Jusqu’à maintenant, épargné par le type d’interventions des parlementaires à l’Assemblée législative, Brian Gallant s’est affiché comme un critique «positif». Il a endossé l’enthousiasme du premier ministre sur les retombées économiques éventuelles d’un oléoduc ouest-est, il a accueilli favorablement le projet de loi des néo-démocrates pour éliminer les nominations partisanes à des postes clés.

Les électeurs du Nouveau-Brunswick attendent du nouveau député de Kent une proposition crédible susceptible d’améliorer l’état général de l’économie du Nouveau-Brunswick. Ils savent déjà qu’il a l’intention de relancer la province sur la voie de la prospérité, il ne leur manque que de savoir comment il compte s’y prendre.