L’avenir s’annonce bien pour la SANB

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) tiendra en juin la 40e assemblée générale annuelle de son histoire. Alors que son président de longue date et figure la plus connue, Jean-Marie Nadeau, partira un an avant la fin de son mandat, l’organisme voué à la défense des droits des francophones peut se réjouir à l’idée que la suite des choses s’annonce bien.

Après une lutte sans merci contre l’avocat et activiste Martin LeBlanc Rioux, Jean-Marie Nadeau est devenu le premier président de la SANB à être élu pour un troisième mandat. La fatigue, la maladie et l’usure du temps ayant fait leur oeuvre, M. Nadeau a ensuite décidé de laisser sa place. Un successeur sera élu le week-end des 8 et 9 juin.

Plusieurs seront déçus que M. LeBlanc Rioux ne soit pas candidat une deuxième fois. Celui qui a mené de main de maître la lutte pour convaincre la Ville de Dieppe d’adopter un arrêté municipal pour forcer les entreprises à afficher dans les deux langues aurait certainement fait un excellent président. Avec le recul (personne ne pouvait deviner que Jean-Marie Nadeau mettrait un terme prématurément à son mandat), certains regrettent peut-être désormais de ne pas lui avoir donné sa chance.

La décision de M. LeBlanc Rioux de passer son tour n’est toutefois pas une surprise. Après avoir mené une intense campagne contre le président sortant, puis avoir été rejeté par une majorité de membres votants de la SANB, il était évident que le jeune candidat n’allait pas revenir une année plus tard pour succéder à M. Nadeau comme prix de consolation. Sans compter que la Terre a continué de tourner. Le temps que M. LeBlanc Rioux était prêt à consacrer à la SANB, il l’utilise sûrement à bon escient.

La bonne nouvelle, c’est que deux candidates solides ont déjà annoncé leur candidature: Jeanne d’Arc Gaudet et Anne-Marie Gammon. La première est vice-présidente à la participation citoyenne de la SANB, la deuxième est trésorière. Deux femmes fortes, dont l’engagement dans la vie publique ne fait aucun doute, et qui sont bien au fait des dossiers à venir. La SANB sera entre de bonnes mains au cours des prochaines années.

D’abord, la Société de l’Acadie du N.-B. s’est bien relevée du duel entre Jean-Marie Nadeau et Martin LeBlanc Rioux. La lutte entre les deux camps ne semble pas, du moins vue de l’extérieur, avoir laissé des déchirures qui nuisent à la capacité de la SANB de bien faire son travail. Dans la même veine, les candidates Anne-Marie Gammon et Jeanne d’Arc Gaudet se connaissent bien. La perdante ne devrait avoir aucune difficulté à se rallier à la gagnante.

De même, la Société de l’Acadie du N.-B. a gagné beaucoup en pertinence au cours des dernières années. On se rappellera qu’à la fin du règne de Marie-Pierre Simard, en 2008, l’organisme était divisé et régulièrement remis en question. La présidente était contestée, et la SANB était prise dans des débats sans fin sur son avenir, sur sa légitimité et sur les suites à donner à la Commission consultative sur la gouvernance de la société civile acadienne et francophone du N.-B., laquelle recommandait la création d’une grande assemblée acadienne délibérante (qui n’a finalement jamais vu le jour).

Or, au cours des dernières années, la SANB a réussi à renverser la vapeur. Ses interventions sont mieux ciblées et touchent plus concrètement la vie des Acadiens. Elle a mené ou mène encore des luttes pour de meilleurs soins de santé pour les francophones, pour améliorer la Loi sur les langues officielles du N.-B., pour empêcher l’adoption de la nouvelle carte électorale provinciale, pour contrer la réforme fédérale de l’assurance-emploi, etc.

Ce qui ne signifie bien sûr pas pour autant que la SANB peut désormais s’asseoir sur ses lauriers. La preuve de sa pertinence sera toujours à faire, spécialement avec une présidente provinciale qui sera élue par un noyau dur d’environ 200 personnes lors des élections de juin. On l’a vu aussi dans certains dossiers – notamment celui de la révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B. -, l’équilibre entre la collaboration (certains diront le bon ententisme) et la revendication sera toujours très difficile à atteindre.

Heureusement, les Acadiens peuvent se réjouir à l’idée que la prochaine présidente sera une femme crédible, rassembleuse et capable de mener ses dossiers à bien. Cela dit, au bout du compte, c’est par la capacité de Jeanne d’Arc Gaudet ou d’Anne-Marie Gammon (ou tout autre candidat qui pourrait se faire élire) à défendre et à faire avancer les droits des Acadiens que nous serons en mesure de juger leur mandat, et du même coup, de l’importance de la SANB.