Une question de méthode

Après le Réseau de santé Vitalité qui a annoncé l’élimination de quatre cents postes, le Réseau de santé Horizon a pour sa part annoncé il y a quelques semaines qu’il a identifié 131 postes à couper, sans pour autant affecter les soins de première ligne, prétend-il. Au même moment de l’annonce du réseau Horizon, le ministre de la Santé, Hugh John Flemming, avait lui-même une autre prétention étonnante: le gouvernement Alward n’a pas failli à son engagement d’augmenter le budget de la santé de 3 % par année, même si le budget 2013-2014 est sensiblement au même niveau que celui de l’an passé…

Tant dans le discours du ministre que dans celui du PDG du réseau Vitalité, pour justifier la limite des dépenses imposée en santé on a cité le fait que la moyenne des dépenses per capita au Nouveau-Brunswick est légèrement supérieure à la moyenne nationale. Pourtant, il est parfaitement normal que nos coûts par citoyen soient plus élevés, puisque nous vivons dans l’une des provinces les plus rurales du pays. Quand on doit desservir une population étendue sur un territoire à faible densité démographique, il est logique que dispenser des soins de santé dans un tel contexte coûte plus cher que de l’effectuer sur un territoire d’une plus grande concentration urbaine. Vouloir s’arrimer à la moyenne nationale sur le plan des coûts sans tenir compte que notre profil démographique est fort différent, c’est s’engager sur une pente glissante.

Nous ne prétendons pas être des experts en matière de gestion des soins de santé. Le journal se limite à observer et à rapporter les débats dont il est témoin. Par contre, des groupes comme la Société médicale du Nouveau-Brunswick ou l’Association médicale canadienne, eux, peuvent être considérés comme des experts. Or, les deux organisations critiquent sévèrement l’approche employée par le gouvernement du Nouveau-Brunswick dans ce dossier.

Réunis vendredi en assemblée, plus de deux cents médecins ont donné presque unanimement (il n’y eut qu’une abstention) leur aval à la société pour procéder à un recours judiciaire contre le ministre de la Santé qui refuse d’honorer l’entente signée entre ses membres et le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Alertée par la situation qui prévaut dans les négociations entre la Société médicale du Nouveau-Brunswick et le gouvernement provincial, l’association médicale canadienne a donné un appui sans équivoque aux médecins du Nouveau-Brunswick, condamnant par la même occasion l’approche employée par le gouvernement dans le dossier de l’assurance-maladie.

Bien sûr, la situation financière du gouvernement du Nouveau-Brunswick n’est pas très reluisante. Bien sûr, le redressement des finances publiques de notre province représente un défi gigantesque à relever. Le problème ne se situe pas sur le plan des objectifs que s’est donnés le gouvernement pour contrôler ses dépenses. Ce sont les moyens qu’il prend pour arriver à ses objectifs qui sont remis en question, tant par la Société médicale que par l’Association médicale canadienne.

Appelé à réagir à la décision des médecins, le premier ministre David Alward a réitéré sa confiance à l’endroit de son ministre de la Santé; on aurait été étonné du contraire. Il a ajouté que les médecins doivent collaborer comme les autres professionnels de la santé pour aider le gouvernement à maîtriser les dépenses en santé.

Cette remarque en apparence anodine ne contribuera pas, cependant, à calmer l’humeur des médecins: elle laisse entendre que les médecins n’ont pas collaboré. Ce n’est pas tout à fait juste. En fait, ils ont collaboré en participant à des discussions visant à formuler des suggestions susceptibles d’engendrer des économies sans nuire à la qualité des services. S’ils ont mis une halte à leur collaboration, c’est que le gouvernement ne collabore pas avec eux, il impose ses vues, développées en catimini au Secrétariat pour le renouveau en santé, qui, lui non plus, n’a pas suffisamment impliqué les médecins dans sa quête de solutions.