L’énergie, le dossier qui bat de l’aile

Ironiquement, tant le gouvernement Alward que son prédécesseur, le gouvernement Graham, ont misé sur l’énergie, un secteur dans lequel les deux premiers ministres voyaient le Nouveau-Brunswick devenir un chef de file. L’objectif est noble, sa réalisation difficile.

Bien que les deux gouvernements se distinguent sur le plan des moyens pour y arriver, tant à l’époque du gouvernement Graham qu’au cours du mandat du gouvernement Alward, nous nous sommes demandé, et nous nous demandons encore, s’il est réaliste de miser sur le secteur de l’énergie au Nouveau-Brunswick pour raviver l’économie de la province.

Commençons par le secteur pétrolier. Il est clair pour tous les citoyens de la province que le groupe Irving est le navire amiral du pétrole en Atlantique. Contrairement aux acteurs de ce secteur en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador, au Nouveau-Brunswick, le secteur pétrolier est dominé par des intérêts d’ici, Irving. Ce groupe exploite la plus importante raffinerie au pays, il dispose aussi d’un réseau de distribution partout en Atlantique, au Québec et en Nouvelle-Angleterre.

Étant donné les ramifications importantes du groupe Irving dans plusieurs secteurs économiques du Nouveau-Brunswick, il est clair que son influence politique est énorme, incontournable dans cette province. Il ne faut donc pas s’étonner que les chefs des deux principaux partis, MM. Alward et Gallant, donnent un appui inconditionnel au prolongement d’un oléoduc jusqu’à la raffinerie de Saint-Jean. Nous estimons toutefois, notamment en tenant compte des analyses d’économistes spécialisés dans le domaine de l’énergie, que les retombées économiques réelles seront beaucoup plus modestes que celles que font miroiter les politiciens à la population. Cet oléoduc représenterait-il un avancement positif au Nouveau-Brunswick? Oui. Son arrivée changera-t-elle dramatiquement la situation économique de la province? Non.

L’autre secteur énergétique «traditionnel», c’est bien sûr l’électricité. Cette question, on s’en souvient, a été le nerf de la guerre de la dernière campagne électorale, une guerre facilement remportée par M. Alward. Il fallait bien une action quelconque pour démontrer qu’on s’occupe d’Énergie NB. Nous lisions, en page cinq dans notre édition d’hier, que le gouvernement fonde beaucoup d’espoir sur la restructuration de la société de la Couronne pour en améliorer le sort. Rappelons que c’était déjà projeté par le gouvernement Graham, mais que c’est sous le gouvernement Alward que la restructuration se concrétise. La direction d’Énergie NB estime que le retour à une structure unifiée est avantageux, nous n’avons pas de raison d’en douter. Mais il ne faut pas non plus se bercer dans l’illusion que la situation financière de la société de la Couronne sera grandement affectée: son défi financier demeure énorme, et son niveau d’endettement la rend vulnérable aux variations des marchés financiers. La bonne nouvelle, c’est que la direction d’Énergie NB est persuadée que les taux de l’électricité au Nouveau-Brunswick resteront abordables pour les consommateurs. Toutefois, avec la croissance très importante du développement des ressources énergétiques aux États-Unis, la perspective de tirer des profits importants de la vente de notre énergie à nos voisins du Sud est moins probable maintenant qu’il y a cinq ou six ans.

Dans le domaine des nouvelles énergies accessibles au Nouveau-Brunswick, le gazoduc qui transporte le gaz naturel de l’île de Sable devait rendre accessible une source d’énergie à un prix beaucoup plus avantageux que l’électricité ou le pétrole. Le dossier de la distribution du gaz naturel au Nouveau-Brunswick est enlisé dans des recours judiciaires, principalement parce que Enbridge n’a pas réussi à abaisser le prix du gaz naturel au niveau dont profitent la plupart des autres régions du continent nord-américain… Le gouvernement a voulu intervenir pour faire baisser le prix, mais la Cour d’appel vient de lui mettre les bâtons dans les roues.

Et puis, il y a le gaz de schiste. Plus le temps avance, moins les perspectives sont bonnes: les investissements sont à la baisse, la règlementation n’est toujours pas en place, l’irritation des citoyens à son égard est toujours aussi palpable. Affirmer que l’énergie sera la clé de la prospérité du Nouveau-Brunswick, c’est comme déclarer que demain nous gagnerons tous le gros lot de la 6-49!