L’échec de l’immigration francophone

Environ 7150 immigrants ont choisi de s’établir au Nouveau-Brunswick de 2006 à 2011, selon les plus récentes données de Statistique Canada. Du groupe, un peu moins de 600 ont le français comme langue maternelle. Ces seuls chiffres démontrent l’échec des stratégies gouvernementales pour attirer plus d’immigrants francophones dans notre province.

Le phénomène n’est pas banal. Le Nouveau-Brunswick compte environ 32 % de citoyens dont la langue première est le français. Pourtant, en 2011, à peine 8,3 % des immigrants parlaient la langue de Molière. Pire, ce nombre est à la baisse. La conséquence est grave: l’immigration contribue à angliciser le Nouveau-Brunswick.

Évidemment, l’heure n’est pas à la panique. Il n’y a pas de grande vague anglophone venue de l’extérieur. L’immigration, malgré tous les efforts, reste quelque chose de marginal. Alors que dans les principales villes et provinces canadiennes on parle d’une grande transformation de l’intérieur, c’est loin d’être le cas par ici. Les chiffres le prouvent. Au Canada, un citoyen sur cinq est né à l’étranger, contre un sur 25 au Nouveau-Brunswick.

La situation de l’emploi n’aide pas. Les Acadiens ne sont pas les seuls à avoir réalisé qu’il y a de meilleures possibilités d’emplois en Alberta. Cette province attire de plus en plus d’immigrants à la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure.

De même, le citoyen d’un autre pays qui choisit de s’établir au Canada va naturellement chercher une communauté où il sera moins dépaysé. Par exemple, et sans vouloir généraliser, un Haïtien est plus susceptible de s’établir à Montréal, où l’on retrouve une forte communauté de son pays d’origine, qu’à Saint-Jean ou à Edmundston.

Cela n’empêche pas le gouvernement du Nouveau-Brunswick de faire des efforts. Dans un reportage publié en avril, l’Acadie Nouvelle a offert en exclusivité à ses lecteurs un rare regard de l’intérieur sur une séance d’information pour immigrants potentiels en Belgique. On y découvrait les stratégies de Fredericton afin de convaincre des travailleurs de choisir notre province pour s’y établir.

Les efforts portent leurs fruits… un peu. Le nombre d’immigrants a en effet légèrement augmenté dans notre province, comparativement à 2006.

Par contre, on ne peut pas en dire autant du côté francophone. Les chiffres ne s’améliorent pas. L’équilibre démographique est loin d’être respecté.

Les principaux pôles d’attraction au Nouveau-Brunswick sont les trois centres urbains du Sud. Cela vaut autant pour les immigrants que pour les personnes qui ont vu le jour dans la province. Moncton, Saint-Jean et Fredericton sont trois villes à majorité anglophone, avec une économie qui roule à plein régime. Inversement, les communautés acadiennes sont plus petites, moins urbanisées, plus homogènes et offrent moins de possibilités d’emplois. En termes plus clairs, l’Acadie est moins attirante pour les nouveaux venus.

Le gouvernement doit donc faire de plus grands efforts et investir plus d’argent pour attirer en Acadie des gens de la Francophonie qui cherchent asile au Canada. Il est inadmissible que le taux d’immigrants francophones reste si peu élevé après toutes ces années et qu’il n’y ait aucune amélioration. Pour reprendre les propos du directeur général de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Bruno Godin, il faut une intervention musclée du gouvernement afin de renverser la tendance. Cela doit être une priorité. La stratégie actuelle, répétons-le, est un échec malgré de bonnes intentions.

Ce sera toujours difficile d’attirer des immigrants au Nouveau-Brunswick, et encore plus des francophones. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Il faut faire mieux. Beaucoup mieux. Il existe des exemples de réussite dont nous pouvons nous inspirer. Depuis qu’il choisit lui-même ses immigrants, le Québec a réussi à augmenter de beaucoup le nombre de nouveaux venus francophones. Du côté du Canada anglais, le Manitoba, qui n’était pas une destination de choix, a réussi à renverser la vapeur.

Ce ne sont pas les immigrants francophones qui feront à eux seuls prospérer l’Acadie ou qui convaincront les commerçants d’afficher en français. N’empêche, l’Acadie ne peut passer à côté de l’immigration. Nous avons besoin de ce sang neuf et de nous ouvrir à de nouvelles cultures ainsi qu’à ces nouvelles idées qui nous permettront de continuer de grandir et d’avancer en tant que peuple.

Nous devons raffiner notre accueil et lutter sans relâche contre le racisme. Fredericton doit de son côté s’assurer que le Nouveau-Brunswick francophone ne sera plus le grand perdant de sa stratégie d’accueil des immigrants. Nous avons tous trop à perdre.