Encadrer l’inactivité

Cette semaine, le gouvernement provincial a dévoilé son plan directeur pour le pétrole et le gaz naturel au Nouveau-Brunswick. C’est un beau document, bien rédigé, étayé par des principes nobles et l’objectif de bien encadrer le développement de l’exploitation pétrolière et gazière dans la province. Il comporte cependant des lacunes sur le plan de l’information qu’il livre et des promesses du côté des retombées économiques potentielles du gaz de schiste en particulier.

Comme vous l’avez sans doute lu hier dans nos pages, six principes encadrent l’action envisagée par le gouvernement du Nouveau-Brunswick en ce qui a trait au développement des secteurs pétrolier et gazier. Les pressions continuelles du mouvement citoyen contre le développement du gaz de schiste ne sont pas étrangères au fait que le premier principe retenu par le gouvernement de Fredericton porte sur la responsabilité environnementale.

Le plan directeur affirme que le gouvernement provincial est conscient de ses responsabilités en matière d’environnement. Il précise avoir adopté des règles et avoir donné des directives claires quant au développement de l’énergie fossile au Nouveau-Brunswick. Il nous assure que chaque projet de développement devra être assujetti à une étude d’impact sur l’environnement, touchant à la fois l’usage de l’eau et la qualité de l’air. Le gouvernement provincial croit que l’établissement de l’Institut de l’énergie mènera à l’élaboration de pratiques conçues spécifiquement pour la situation qui prévaut dans notre province. En février, le gouvernement provincial a publié les règles que devront suivre les entrepreneurs impliqués dans le développement des ressources pétrolières et gazières de la province. Ces règles visent à imposer à l’industrie la marche à suivre pour s’acquitter de sa responsabilité en matière d’environnement, touchant plusieurs aspects: l’utilisation de l’eau et de ses sources, l’installation des puits, le type de tubage, enfin toute une kyrielle de directives.

Deux documents, entre autres, sont cités dans le plan directeur: une étude du Conference Board sur les investissements dans le gaz naturel au Canada et une étude de l’Institut international de l’énergie portant sur l’avenir du gaz naturel.

Quand le plan directeur du gouvernement provincial cite l’étude du Conference Board, «Le gaz naturel, force motrice de l’économie canadienne», il reprend les chiffres de cet organisme à propos de la valeur anticipée des investissements et de la création d’emplois au Canada: pour les 24 prochaines années, le Conference Board prévoit que le gaz naturel contribuera 386 milliards $ en investissements, engendrant un apport de 364 milliards $ au produit intérieur brut du Canada, et créant en moyenne plus de 130 000 emplois par année au pays. En ce qui a trait au Nouveau-Brunswick, le Conference Board précise que le potentiel du gaz de schiste est encore inconnu et ne permet pas de prévoir des investissements considérables parce que l’importance des réserves n’a pas encore été identifiée et qu’on ne sait pas si elles sont suffisantes pour être rentables pour les entrepreneurs du secteur gazier. On est loin de la perspective optimiste véhiculée par le discours du gouvernement Alward depuis son accession au pouvoir.

Quant à la perspective mondiale pour le gaz naturel en général, y compris le gaz de schiste, le plan directeur cite le sommaire du rapport publié en 2011 par l’Agence internationale de l’énergie. La citation tend à démontrer le brillant avenir réservé au gaz de schiste comme source énergétique de plus en plus importante, qui a le potentiel de contribuer à la sécurité énergétique. Mais le plan directeur ne cite pas le fait que ce même rapport rappelle que la production de gaz naturel non traditionnel explose un peu partout: aux États-Unis, bien sûr, mais aussi en Chine, en Russie, au Moyen-Orient et en Afrique. Cette surchauffe de la production mondiale de gaz naturel, traditionnel ou non, limite nos possibilités d’exportation tout en maintenant une pression à la baisse sur le prix de ce produit.

Au Nouveau-Brunswick, on observe une tendance inverse à celle qui prévaut en Colombie-Britannique et en Alberta: les investissements du secteur privé n’augmentent pas, ils décroissent. Depuis un peu plus de deux ans, le gouvernement Alward ne cesse de promouvoir le développement de l’industrie du gaz de schiste comme étant générateur de croissance économique, alors qu’on ne connaît pas encore l’importance de nos réserves de ce gaz.