Les mauvaises compressions et les mauvaises nouvelles

Établissez-vous un lien entre deux nouvelles publiées dans nos pages hier: les pertes d’emplois au Nouveau-Brunswick et les compressions à l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA)? Si le lien n’est pas automatique, on peut quand même s’interroger sur les effets qu’auront sur la création d’emplois, dans une région comme le Nouveau-Brunswick, les compressions au budget de l’APÉCA.

Les économistes, les analystes et les politiciens nous le rappellent souvent, au Nouveau-Brunswick, le moteur de la création d’emplois est le secteur de la petite et moyenne entreprise (PME). La majorité des emplois durables créés sont le résultat de l’ouverture ou de l’expansion du secteur des PME.

Malgré tous les efforts de nos petites et moyennes entreprises, en 2012 et en 2013, la création d’emplois a régressé au Nouveau-Brunswick. Si nous avions un portrait plus détaillé de cette régression, on y trouverait sans doute les données pour appuyer l’impression générale: les régions rurales de la province sont les plus frappées par cette régression, tant des emplois que de la population.

En commentant le dernier budget du gouvernement Harper, nous avions déploré, et nous le déplorons toujours, ne pas trouver l’expression «développement économique régional» dans le discours sur le budget. Force est de constater que cette notion de l’aide fédérale au développement économique des régions éloignées du pays ne fait pas partie de la philosophie économique du gouvernement fédéral actuel. Il préfère miser, comme nous l’avons déjà écrit, sur des secteurs et des régions déjà prospères: le secteur pétrolier de l’Alberta et le secteur manufacturier du sud de l’Ontario. Pour confirmer son approche au développement économique, il suffit d’écouter avec attention les publicités du gouvernement fédéral qui passent à répétition aux grandes heures d’écoute des grands réseaux de télévision au pays: l’innovation, la recherche et le développement sont devenus la chasse gardée des grandes industries qui oeuvrent dans des secteurs technologiques de pointe ou le secteur pétrolier. Le gouvernement Harper trouvera certainement des projets qui ont été financés dans des régions éloignées, mais il serait mal pris de nous affirmer que partout au Canada rural l’aide fédérale a aidé substantiellement à la création d’emplois, à moins qu’il ne tente de nous faire passer des exceptions pour la règle générale.

La stratégie du gouvernement Harper quant à la compression des dépenses gouvernementales ne fait pas l’unanimité, loin de là. Il n’y a pas que les adeptes de politiques alternatives qui critiquent l’approche du gouvernement en ce qui a trait à son obstination à atteindre l’équilibre budgétaire d’ici aux prochaines élections, en 2015. Vous conviendrez avec nous qu’on ne peut qualifier le Fonds monétaire international (FMI) d’organisme de la gauche… Il y a quelques semaines, le FMI a exprimé son appréhension sur l’effet à court et à moyen terme des compressions des dépenses fédérales sur la santé économique du pays. Le FMI ne partage pas l’enthousiasme débordant des porte-parole du gouvernement Harper sur la robustesse de l’économie canadienne. En fait, le FMI est plutôt d’avis que la politique budgétaire actuelle du gouvernement fédéral contribuera au ralentissement de l’économie canadienne et nuira à la création d’emplois au pays.

D’une perspective électoraliste, on peut se demander quel calcul fait le premier ministre Harper en poursuivant le type de politiques budgétaires et économiques auxquelles il tient tellement. La compression des dépenses de l’APÉCA n’est qu’un exemple de l’effet négatif de ses politiques. Le Nouveau-Brunswick n’est pas la seule province qui en ressent les effets. Des régions comme le reste de l’Atlantique, la Gaspésie, le nord de l’Ontario ne sont pas, elles non plus, le théâtre de bonnes nouvelles, tant sur le plan de la création d’emplois que sur le plan de la croissance économique. Par conséquent, on ne peut s’étonner que le parti du premier ministre ait sombré sous la barre des 30 % dans les intentions de vote des Canadiens. Nous ne sommes pas seuls au Canada atlantique à penser que les mauvaises compressions budgétaires sont porteuses de mauvaises nouvelles.