Les lois cruelles et implacables

Après un mouvement de solidarité dans pratiquement toutes les zones de pêche du homard en activité, les homardiers ont repris leur pêche le cœur gros: le mouvement de protestation de la semaine dernière n’a pas donné les résultats escomptés.

Au cours des dernières années, ceux qui ont acquis des permis de pêche du homard ont dû le faire en payant, comme on dit ici, le gros prix. Dans la foulée du jugement Marshall et des programmes subséquents pour racheter des permis de pêche du homard afin d’intégrer les Premières Nations à la pêche commerciale, les jeunes pêcheurs qui ont voulu s’intégrer à la flottille de pêche du homard ont dû le faire dans un contexte où le prix des permis de pêche du homard était surévalué. Pour mettre la main sur un permis, il a fallu aux jeunes propriétaires consentir à payer au moins l’équivalent de l’offre du gouvernement fédéral aux détenteurs de permis prêts à céder leur permis et à se retirer de la pêche.

Bien sûr, comme s’en sont plaints nombre de propriétaires de homardiers, le prix de l’essence et des frais d’exploitation en général ont augmenté, mais pour plusieurs des derniers arrivants dans le secteur de la pêche, la dette la plus lourde à supporter est celle qu’ils ont contractée pour se porter acquéreurs du permis, une dette que les capitaines propriétaires déjà en activité avant le jugement Marshall n’ont pas eu à soutenir. Tous les capitaines propriétaires n’ont donc pas le même défi financier à relever; certains peuvent se permettre de passer à travers quelques années difficiles, tandis que d’autres, les plus jeunes le plus souvent, doivent absolument tirer le maximum de revenus pour s’acquitter de leurs obligations.

Évidemment, quand il y a des mouvements populaires, les politiciens ne sont jamais très loin. Le ministre des Pêches du Nouveau-Brunswick, Michael Olscamp, s’implique et il voudrait bien, semble-t-il, parvenir à dénouer l’impasse financière des homardiers. Il a d’ailleurs invité son homologue fédéral à s’impliquer pour trouver une solution. Tout ministres qu’ils sont, que peuvent faire Michael Olscamp et Keith Ashfield pour alléger le fardeau financier des homardiers?

Dans le cas du ministre provincial des Pêches, le seul levier dont il dispose est celui du financement des bateaux. Il pourrait peut-être aider temporairement les pêcheurs les plus endettés en ne les obligeant pas à faire face à leurs obligations de paiement, mais ce n’est pas une solution: le paiement reporté ne ferait qu’enliser plus profondément certains pêcheurs dans leur endettement. Et ceux qui n’ont plus ou très peu de dettes se sentiraient laissés pour compte. Quant à son homologue fédéral, le ministre Keith Ashfield, bien que le pouvoir d’un ministre fédéral des Pêches soit étendu, sa juridiction ne couvre pas les questions liées au marché qui fixe les prix.

Le consultant en pêches, Gilles Thériault, suggère de créer un mécanisme de fixation du prix minimum du homard. Le mécanisme verrait à documenter la situation des marchés et à déterminer quel prix minimal l’industrie serait en mesure de payer aux pêcheurs. Ce mécanisme aurait l’avantage de rendre plus transparente la détermination du prix au débarquement. Cependant, il ne garantirait pas pour autant un prix plus élevé. Ce sont toujours les conditions du marché qui dicteraient le prix. La transparence atténuerait, normalement, le sentiment des pêcheurs qu’ils se font flouer.

Le premier facteur négatif qui influence le prix au débarquement, comme nous l’avons déjà écrit, est la valeur du dollar canadien par rapport au dollar américain et à l’euro. Ensuite, l’insécurité des consommateurs dans le contexte économique actuel les porte davantage à économiser qu’à dépenser. La confiance des consommateurs par rapport à l’économie s’est un peu améliorée aux États-Unis, mais en Europe elle demeure faible. La consommation du homard, un produit de luxe pour la classe moyenne, diminue en de telles circonstances. Pour attirer les consommateurs, on offre le produit au rabais afin d’écouler les inventaires, actuellement relativement élevés; un niveau élevé des inventaires exerce sur le prix une pression à la baisse. Telles sont les lois du marché, cruelles et implacables, et sur lesquelles les politiciens n’ont pas d’emprise.