Le cafouillage des sondages

Pour la seconde fois en moins d’un an, les sondages en prévision d’une élection provinciale se sont magistralement trompés. Il y a une semaine, la première ministre sortante de la Colombie-Britannique, Christy Clark, a remporté la majorité des sièges à l’Assemblée législative, alors que les sondages tout au long de la campagne, la donnaient perdante. L’an dernier, on s’en souvient, c’est la première ministre de l’Alberta, Alison Redford, qui faisait mentir la plupart des sondages. Est-ce que cela veut dire qu’on ne peut plus se fier aux sondages? Pas nécessairement.

À la veille du scrutin du 14 mai, des observateurs de la scène politique provinciale de la Colombie-Britannique donnaient la majorité des sièges au Nouveau Parti démocratique (NPD) dirigé par Adrian Dix. Le NPD devait remporter 49 sièges, contre 35 pour les libéraux de Mme Clark. La projection des sièges avait été compilée à partir de neuf sondages publiés entre le début mai et la veille des élections.

Au déclenchement des élections, la première ministre Clark était, en moyenne, à 20 % des néo-démocrates dans les intentions de vote des électeurs de sa province. Plus la campagne avançait, plus les résultats se resserraient, mais les sondages donnaient tous Adrian Dix gagnant, grâce à une avance de cinq points dans les intentions de vote compilées par les maisons de sondage. Finalement, la première ministre sortante a remporté 50 sièges, un de plus qu’aux élections de 2009, alors que le NPD, plutôt que de former le gouvernement, s’est retrouvé avec deux sièges de moins que ceux remportés à l’élection de 2009. Heureusement pour lui, le chef néo-démocrate était resté relativement modeste durant la campagne, il n’a pas eu à ravaler ses paroles, seulement ses espoirs et ses projets.

L’année passée, les prévisions de la grande majorité des maisons de sondage en Alberta donnaient le pouvoir au Parti Wildrose de Danielle Smith, alors que la première ministre sortante, Alison Redford, a mené le Parti conservateur à une autre majorité: 61 des 83 sièges de l’Assemblée législative.

Bien sûr, le climat politique en Alberta, l’an dernier, et en Colombie-Britannique, cette année, était très versatile. Dans les deux cas, l’indécision de l’électorat était palpable. En Alberta, c’est le déficit du gouvernement Redford qui avait fait sourciller l’électorat. En Colombie-Britannique, on s’attendait à ce que l’électorat fasse payer au gouvernement libéral sortant sa décision d’introduire la taxe de vente harmonisée. Finalement, dans les deux cas, l’électorat a préféré s’accommoder de valeurs connues, les premières ministres sortantes.

Mais comment des maisons de sondage réputées ont-elles pu se tromper deux fois dans des circonstances similaires? Il s’agit principalement de la méthodologie employée.

Parce que cela coûte beaucoup moins cher, de plus en plus de maisons de sondage adoptent les sondages en ligne. On compile des résultats à partir de questionnaires complétés en ligne par les internautes, sur une base volontaire. Les maisons de sondages tentent bien de pondérer l’échantillonnage selon les données fournies par les répondants (âge, lieu de résidence, sexe, etc.), mais force est de constater que les ajustements apportés aux sondages en ligne sont insuffisants. La fiabilité de ces sondages en ligne est particulièrement vulnérable dans une situation versatile où l’humeur de l’électorat est susceptible de changer rapidement.

L’écart entre les prévisions des sondages et les résultats électoraux préoccupent les maisons de sondages. La crédibilité et la fiabilité, surtout, des données de leurs sondages constituent les éléments cruciaux de leur réputation, sur laquelle repose leur prospérité à moyen et à long terme.

Si dans la majeure partie des cas, les avancées technologiques permettent des gains d’efficacité et des économies, dans le cas des maisons de sondages, cette hypothèse n’est pas avérée. En fait, c’est plutôt le contraire quand il s’agit de mesurer l’humeur de l’électorat: la méthode de sondage la plus fiable reste encore celle qui utilise les entrevues téléphoniques avec les répondants.