Que de temps perdu…

Finalement, le ministre Flemming a dû imiter le gouvernement Graham: reculer de ses positions face au recours judiciaire intenté par la Société médicale du Nouveau-Brunswick, au nom des médecins de la province. Le ministre Flemming abandonne donc l’idée d’imposer un plafonnement aux paiements de l’assurance-maladie pour les services prodigués par les médecins.

Comme il avait déclaré à l’Assemblée législative le 8 mai que le gouvernement Graham avait été «le pire gouvernement de l’histoire du Nouveau-Brunswick», on peut deviner que ce recul a dû être difficile à accepter par le ministre Flemming: il recule dans les mêmes circonstances que celles qui avaient forcé le gouvernement précédent à faire marche arrière.

Si le ministre Flemming renonce au plafonnement des paiements de l’assurance-maladie, il n’a pas changé d’attitude pour autant. Alors qu’il prétend maintenir sa porte ouverte à la Société médicale pour travailler avec elle à juguler le budget de la Santé, il persiste à énoncer les mêmes priorités, les mêmes objectifs, tout en n’abandonnant pas l’idée de revenir avec le plafonnement le 1er avril 2014. Personne n’est dupe: le ministre renonce, pour le moment, au plafonnement parce qu’il violerait les dispositions de l’entente signée entre les médecins et le gouvernement. S’il ne le faisait pas, les tribunaux l’y forceraient.

Le ministre Flemming a écrit à la Société médicale du Nouveau-Brunswick, le 15 mai, pour lui annoncer que le gouvernement du Nouveau-Brunswick allait respecter l’entente signée avec les médecins, une entente en vigueur jusqu’au 31 mars 2014. Rappelons que cette entente prévoyait qu’en 2012 et en 2013 les médecins seraient payés au même niveau qu’en 2011; donc pas d’augmentation, mais pas de compression non plus. Comme le plafonnement se traduisait par une réduction de 1 % des paiements effectués aux médecins, il doit être abandonné.

Une semaine plus tard, le 22 mai, la Société médicale du Nouveau-Brunswick a répondu au ministre, lui signifiant qu’elle s’attendait à ce que l’engagement du ministre, quant à la renonciation à un plafonnement de l’assurance-maladie, aille au-delà de la date butoir du 31 mars 2014. Les médecins se disent prêts à travailler avec le gouvernement pour rebâtir un système de santé durable, mais à condition qu’on ne leur impose pas ce plafonnement. La Société médicale prend bien soin de rappeler que l’imposition unilatérale de ce plafonnement a constitué, entre autres motifs, un bris de confiance dans les rapports entre elle et le gouvernement Alward. Elle précise avoir besoin d’un engagement ferme du gouvernement Alward de ne pas revenir avec ce plafonnement après le 31 mars 2014, un engagement qui serait susceptible de rétablir un climat de confiance entre les médecins et le gouvernement.

Le ministre Flemming n’avait pas rendu sa lettre publique. Il l’a dévoilée jeudi, en même temps que celle reçue de la Société médicale. Il semble bien que la réponse de la Société médicale du Nouveau-Brunswick n’ait pas plu à M. Flemming. En distribuant jeudi à la presse des copies des deux lettres, visiblement sans avoir prévenu la Société médicale, le ministre Flemming tente de démontrer que, malgré son invitation à revenir à la table de négociation, les médecins font preuve d’une position rigide. Il leur «ouvre la porte», mais les médecins se font prier… croit le ministre.

Bien que le ministre Flemming ne signale pas son intention ferme d’imposer le plafonnement des paiements de l’assurance-maladie le 1er avril 2014, il ne s’engage pas non plus à abandonner cette mesure.

Il est clair que la lettre du ministre Flemming ne vise qu’une chose: aviser la Société médicale que la province se rend à l’évidence qu’elle doit respecter l’entente en vigueur et, par conséquent, que la Société médicale devrait ainsi mettre fin à son recours judiciaire. Il est aussi très clair que les médecins voient venir le ministre avec ses gros sabots: au nom de la responsabilité fiscale, il envisage toujours d’imposer de nouveau le plafonnement des paiements de l’assurance-maladie, dès que l’entente arrivera à échéance.

Étant donné l’attitude et les propos du ministre Flemming depuis son arrivée en poste à l’endroit de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, si le premier ministre Alward veut ramener les médecins à la table de négociation, il devra trouver un autre ministre de la Santé.