Les citoyens canadiens sont-ils trop satisfaits?

En préparation depuis trois ans, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDÉ) publie un index sur la satisfaction des citoyens par rapport à la vie, «l’index vivre mieux», ou pour utiliser le sigle anglais le plus couramment utilisé, le BLI (Better Life Index).

Onze secteurs de la vie individuelle et collective sont sondés par cet index: le logement, le revenu, l’éducation, l’emploi, la santé, l’environnement, la sécurité, la satisfaction générale, les liens sociaux, l’engagement civique et l’équilibre travail-vie.

Entre mai 2011 et mai 2013, l’OCDÉ a compilé les résultats issus d’un peu plus de 24 000 questionnaires remplis en ligne par les répondants. Cet index sert à compléter un ensemble de données recueillies par l’OCDÉ pour mesurer l’état de développement des 34 pays membres de l’organisation.

Pendant longtemps, et c’est encore le cas pour certains dirigeants, l’état de développement d’un pays était évalué en fonction de ses performances économiques, principalement en suivant l’évolution de son produit intérieur brut, et comment ce produit était distribué dans les divers secteurs sociaux et économiques du pays. L’OCDÉ et ses partenaires ont toutefois jugé que, pour mesurer le progrès social et le bien-être des citoyens, il fallait pousser l’étude au-delà de données économiques. Bien sûr, la richesse contribue au bien-être des gens. Mais quantité d’autres secteurs de la vie contribuent à la satisfaction générale des citoyens: la qualité de l’environnement, l’accès et la qualité de l’éducation et des soins de santé, la liberté d’expression, la confiance envers les institutions politiques, la protection et le respect des droits civiques, pour ne nommer que ceux-là.

En 2008, à l’initiative de la France, on a établi la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social. Un an plus tard, la commission a formulé une trentaine de recommandations pour améliorer l’évaluation du bien-être des citoyens et du progrès social. Dans son rapport, la commission a précisé qu’elle souhaitait qu’il serve aux chefs politiques pour les aider à viser au-delà d’un rendement économique pour leur pays en mettant en oeuvre des politiques favorisant le bien-être des citoyens actuels et celui des générations futures. Le deuxième groupe visé par les recommandations de la commission est formé des responsables du développement de politiques nationales, les encourageant à investir dans des moyens efficaces pour mesurer les aspirations de leurs citoyens. «Les données ne poussent pas sur les arbres», avait souligné la commission. Si on veut obtenir des données fiables pour élaborer des politiques susceptibles de mener à un progrès social qui améliore le sort des citoyens du pays, il faut s’en donner les moyens. Au Canada, cet instrument est bien sûr Statistique Canada, qui n’a pas été épargnée lors des compressions budgétaires des dernières années…

Bien que nous ayons glissé au classement de l’index de développement des Nations Unies, il est clair que les Canadiens vivent dans une des meilleures sociétés de la planète. C’est pour cette raison que l’index note un haut taux de satisfaction des Canadiens pour la vie qu’ils mènent. Quatre-vingt-deux pour cent des répondants canadiens estiment avoir au quotidien plus d’expériences positives que négatives. Quatre-vingt-neuf pour cent jugent satisfaisante la qualité de leur eau et de l’environnement en général, et la qualité de notre air est objectivement meilleure que la moyenne observée dans les pays de l’OCDÉ. Sur le plan de l’éducation, au Canada, 88 % des adultes âgés de 25 à 64 ans détiennent au moins un diplôme de l’école secondaire, comparativement à 74 % pour l’ensemble des 34 pays. Sur le plan de la santé, l’espérance de vie est aussi légèrement supérieure à la moyenne de l’OCDÉ.

Au Canada, nous avons un recul assez important par rapport à la moyenne des pays de l’OCDÉ en ce qui a trait à la participation citoyenne aux activités politiques: le taux de participation des Canadiens aux élections est en moyenne de 61 % depuis quelques années, en comparaison à 73 % pour l’ensemble de l’OCDÉ. Cette participation plus faible est-elle le signe d’une complaisance indue face à la classe politique? Sommes-nous un peu trop satisfaits de notre sort au point de nous désintéresser des décisions prises par nos élus? C’est sur ces questions que nous nous pencherons demain.