Les gouvernements qu’on mérite

Il est quand même assez étonnant que le Canada se retrouve en dehors des 10 premiers dans le classement de l’OCDÉ portant sur l’engagement civique. Nous nous vantons d’avoir une démocratie forte. Mais en ce qui a trait aux taux de participation des citoyens aux élections, nous nous retrouvons en queue de peloton: 30 des 34 pays membres de l’OCDÉ ont un taux de participation plus élevé que celui observé au Canada depuis une décennie. Vous avez bien déduit: le Canada est 31e sur 34.

Dans son étude sur l’index du mieux-vivre, l’OCDÉ souligne que le taux de participation des citoyens aux élections est important pour assurer la représentativité et la légitimité des institutions politiques. En effet, si les citoyens veulent s’assurer que le gouvernement élu agit selon les besoins exprimés par la majorité de leurs semblables, ils doivent voter pour les politiciens et les politiciennes qui s’engagent à mettre en oeuvre des politiques et des projets qui répondent à ces besoins.

L’OCDÉ rappelle que ce sont les investissements élevés en santé et l’assainissement de l’environnement qui ont permis d’améliorer l’état de santé général et l’espérance de vie des populations. La majorité des Canadiens ont le sentiment que la qualité de l’eau et de l’air est satisfaisante et ils souhaitent que cette situation demeure ainsi à l’avenir. C’est d’autant plus important quand on apprend que d’ici 2050 la pollution de l’air deviendra la principale cause environnementale pour l’augmentation de décès prématurés. Si nous tenons réellement à un environnement sain, il est important d’en tenir compte en choisissant pour qui l’on vote. Encore plus important, évidemment, c’est d’exercer ce droit de vote.

Sur le plan de l’emploi, le Canada a longtemps été un chef de file en matière d’égalité sociale, à l’époque où le premier ministre Chrétien se vantait que le Canada était le meilleur pays de la planète où vivre. C’était au début des années 1990. Nous avons glissé depuis. Sur 27 pays où l’égalité sociale a été mesurée selon diverses données sur l’emploi, l’OCDÉ classe maintenant le Canada au 21e rang. En ce qui concerne la sécurité d’emploi, nous sommes au 27e rang sur 36: un pourcentage de plus en plus élevé des emplois sont sous contrat pour des périodes ne dépassant pas six mois.

Sur le plan du logement, les Canadiens sont favorisés sur le plan de l’espace: des pays de l’OCDÉ, nous sommes celui où les résidants disposent du plus grand espace pour leur logement. Par contre, quand il s’agit de la charge budgétaire que le logement représente en pourcentage du revenu familial, nous sommes 24es sur 36.

Le Canada demeure l’un des meilleurs pays de la planète où vivre. Des millions de gens autour de la planète voudraient vivre ici. Mais plusieurs aspects de la vie collective des Canadiens se sont détériorés depuis une vingtaine d’années, une détérioration qui est documentée tant dans l’index de l’OCDÉ sur le mieux-vivre que dans l’index de développement humain des Nations Unies. Nous avons donné quelques exemples de cette détérioration en utilisant les données de l’index de l’OCDÉ, et nous aurions pu faire de même avec l’index sur le développement humain. Cette détérioration correspond aussi à l’érosion constante du taux de participation électorale des Canadiens.

Les pays qui nous devancent dorénavant au classement de la qualité de la vie collective ont ceci en commun: leurs citoyens sont plus impliqués dans les affaires politiques du pays, le taux de participation y est de 15 à 20 points supérieur à notre moyenne de participation des dernières années. Dans ces pays, on ne se contente pas d’avoir des convictions sur l’environnement, sur les mesures sociales ou sur l’approche au développement économique. Ces convictions sont appliquées et suivies d’une action toute simple, mais tellement importante: participer aux élections en allant voter selon ces convictions.