La cause recyclée

Il y a deux ans, quand le gouvernement Alward a aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick, c’était la consternation. On avait peine à croire que pour économiser un peu moins d’un demi-million de dollars, le gouvernement mettait la hache dans un organisme qui avait oeuvré pendant 35 ans à la cause des femmes au Nouveau-Brunswick. S’il n’y avait pas d’espoir lors du budget 2012 de voir réapparaître le conseil, pour le budget 2013, des rumeurs couraient et les espoirs des organismes féminins avaient été ravivés, probablement parce que la ministre responsable des questions féminines, Marie-Claude Blais, avait créé l’été dernier le «Groupe de travail sur les voix des femmes du Nouveau-Brunswick».

Après le sommet «Voix des femmes du Nouveau-Brunswick» de novembre 2011, le groupe de travail a assuré le suivi en retenant la vision et les moyens identifiés par le sommet pour continuer à faire avancer la cause féminine. Le groupe de travail a déposé un rapport en début d’année dans lequel il résumait les objectifs de la démarche globale: aboutir à obtenir une voix indépendante qui conseillerait le gouvernement sur les questions d’importance touchant les femmes au Nouveau-Brunswick, attirer l’attention du gouvernement, bien sûr, mais aussi des citoyens de la province sur la problématique et le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité réelle des femmes. En résumé, les femmes du Nouveau-Brunswick voulaient se réapproprier le discours et les moyens de leur démarche, des moyens que l’abolition du Conseil consultatif leur avait enlevés.

Dans ce rapport, court mais limpide quant à ses objectifs, le groupe de travail proposait trois modèles d’une structure susceptible de répondre aux besoins des femmes du Nouveau-Brunswick: le Conseil des Voix des femmes du Nouveau-Brunswick, la Table ronde des Voix des femmes du Nouveau-Brunswick ou encore le Forum de concertation des Voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Si les trois noms suggérés différaient, la structure suggérée était essentiellement la même: l’organisme serait coprésidé par une représentante des deux communautés linguistiques, des individus et des regroupements siégeraient à la direction de l’organisme, et le gouvernement concèderait un budget à l’organisme pour qu’il puisse embaucher au moins une directrice générale et une ou deux personnes additionnelles. Comme on le sait depuis hier, le nouvel organisme a retenu la formule du forum de concertation. Son budget sera d’environ 200 000 $, la moitié du budget qui était alloué au défunt Conseil consultatif.

Bien qu’il ait été un peu plus long, le parcours du rétablissement d’un organisme dédié à la défense et à l’avancement de la cause féminine ressemble à celui du programme d’aide financière à la production audiovisuelle. Le gouvernement a mis la hache dans les deux organismes, les intervenants se sont mobilisés, ils et elles ont interpelé le gouvernement pour finalement obtenir gain de cause, quoique les moyens mis à leur disposition soient plus modestes.

Dans les deux cas, les arguments du gouvernement pour justifier l’abolition du programme et du Conseil consultatif n’avaient convaincu personne. Dans les deux cas, la raison d’être du programme et du Conseil consultatif était évidente pour tout le monde, sauf pour les membres du gouvernement. Dans les deux cas, même en rétablissant l’existence des deux entités le gouvernement ne reconnaît pas, évidemment, qu’au départ leur abolition était une erreur.

Si la création du Forum de concertation des voix des femmes du Nouveau-Brunswick était une nouvelle initiative, nous l’applaudirions. Mais il s’agit ici de recyclage, de faire réapparaître ce qu’on avait fait disparaître, sinon pour rien, du moins pour des motifs futiles.