Le régime minceur des vaches sacrées

En introduction à son programme électoral de 2010, David Alward écrivait aux électeurs du N.-B. qu’il avait un plan axé sur les enfants et la famille, un plan qui offrirait aux citoyens de la province de meilleurs soins de santé et une meilleure éducation. Tout en promettant aux élèves du N.-B. une meilleure éducation, M. Alward s’était aussi engagé, à la page 20 de son programme, à maintenir le nombre de postes d’enseignants dans le réseau des écoles publiques de la province.

Le gouvernement Alward a décidé d’oublier son programme électoral de 2010 pour se concentrer sur un objectif: réduire le plus possible le déficit budgétaire de la province. Après avoir renoncé à une augmentation annuelle de 3 % du budget de la santé, Fredericton cherche toujours à réduire davantage les sommes qui y sont consacrées. C’est d’ailleurs en visant la réduction des dépenses en santé que le gouvernement provincial s’est mis à dos les médecins de la province.

Hier, c’était au tour du ministre de l’Éducation, Jody Carr, d’admettre que la suppression prévue de quarante postes d’enseignants l’automne prochain contredit les engagements que son parti avait pris en campagne électorale. Le ministre de l’Éducation se défend en nous apprenant que, selon les plans du ministère relativement à la réduction du nombre d’élèves dans les écoles, c’était 80 postes qui devaient être éliminés cette année. Il affirme donc en avoir «sauvé» quarante…

S’il doit se résoudre à réduire les dépenses tant en santé qu’en éducation, c’est dû en partie parce que sa prétention de relancer le N.-B. sur la voie de la prospérité ne s’est jamais matérialisée. Cette prétention s’était articulée aussi dans le message d’introduction du programme électoral dans lequel M. Alward écrivait avoir un plan axé sur la création d’emploi et la croissance économique. Ni l’une ni l’autre n’a été réalisée. En fait, en termes de croissance économique, le N.-B. est la province où sa croissance est la plus anémique au pays…

Cette croissance économique anémique et la perte d’emplois à temps plein se traduisent par une perte de revenus pour la province. La fermeture de la mine Brunswick, l’activité de l’industrie forestière étant encore loin des meilleurs jours qu’elle a connus, sans compter les problèmes systémiques des pêches, tous autant de facteurs qui contribuent aussi à priver le gouvernement provincial des revenus dont il a besoin pour maintenir le rythme des dépenses en santé et en éducation.

À dix-huit mois des prochaines élections, des grands pans du programme électoral de 2010 présenté par M. Alward il ne reste que son engagement à gérer les finances publiques de façon responsable. C’est la voie dans laquelle le premier ministre tente de maintenir l’action de son gouvernement. Il y a cependant un prix à payer, tant pour renoncer à ce qu’il avait promis que de vouloir maintenir le cap sur la compression des dépenses: avec les premiers ministres de Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et du Québec, M. Alward partage le sort peu enviable d’être parmi les politiciens au Canada où le taux d’insatisfaction excède le taux de satisfaction de leur électorat respectif.

Ce n’est pas pour rien que dans son programme électoral de 2010 M. Alward promettait d’améliorer les soins de santé et l’éducation au N.-B.: les citoyens aspirent à cette amélioration. En politique, la santé et l’éducation sont des vaches sacrées. Si l’opinion publique retient que le gouvernement Alward sacrifie ces vaches sacrées en les assujettissant à un régime minceur, le prix à payer en septembre 2014 pourrait être lourd de conséquences.

En considérant que pour l’année en cours le ministre des Finances, Blaine Higgs, prévoit un déficit d’exploitation de 367 millions, on ne peut prétendre arriver à un équilibre budgétaire de sitôt. Dans un tel contexte, il sera difficile de se faire pardonner de mettre au régime les vaches sacrées, à moins qu’en 2014 l’électorat se satisfasse du nouvel asphalte répandu durant l’été.