L’appel à la transparence

C’est sans doute la première fois que la vénérable institution qu’est l’Université de Moncton est aussi vertement et ouvertement critiquée comme elle l’est par le professeur de droit Serge Rousselle dans son livre Pris en flagrant délit.La sortie du livre a suscité beaucoup d’intérêt. Après tout, depuis sa création, l’Université de Moncton a formé énormément de gens qui vivent encore ici et qui s’intéressent toujours à ce qui se passe à leur alma mater. Rappelons-nous que la recherche d’un nouveau recteur avait aussi soulevé la discussion quant au profil souhaité du successeur de l’ex-recteur Yvon Fontaine, celui-là même qui se trouve attaqué de front dans le livre de Serge Rousselle.

Comme tout le monde le sait sans doute maintenant, Pris en flagrant délit traite du processus de sélection utilisé en 2011 pour pourvoir le poste de vice-rectorat aux affaires étudiantes et internationales. Le dossier avait en quelque sorte empoisonné la fin du mandat de recteur et vice-chancelier d’Yvon Fontaine. M. Fontaine n’avait sans doute pas prévu que le recrutement à ce poste allait lui causer tant de soucis, au point de porter ombrage à un bilan somme toute positif de son mandat comme recteur. Mais selon ce que le livre de M. Rousselle nous apprend, l’ex-recteur a peut-être été l’artisan de son propre malheur.

Pour l’auteur, Serge Rousselle, un certain dilemme se posait quant à la rédaction d’un livre sur cette affaire. Allait-il se donner la peine d’écrire un livre pour arriver en fin de parcours et se faire traiter de pisse-vinaigre? Les gens s’intéresseraient-ils réellement au sujet central du livre, l’intégrité d’un processus de sélection et d’un processus décisionnel dans une institution de haut savoir, ou n’y verraient-ils qu’un petit trésor de potins à propos de l’intelligentsia universitaire acadienne?

Serge Rousselle clame haut et fort que c’est l’intégrité des processus décisionnels qui l’a motivé à écrire ce livre. L’auteur rappelle que si le processus de sélection avait été suivi selon les procédures prévues, ce n’est pas lui, mais bien Yvon Dandurand qui aurait obtenu le poste de recteur. C’est pourquoi il se sentait libre d’écrire sur le sujet.

Selon ce que nous avions rapporté dans nos pages au moment de cette saga, rappelons que M. Rousselle a reçu de diverses sources des informations sûres à propos de manœuvres imprévues au processus de sélection. Messieurs Rousselle et Dandurand avaient évoqué la possibilité d’avoir recours aux tribunaux après que la direction de l’Université de Moncton avait refusé d’instituer une enquête sur le processus de sélection employé. Le projet de recours judiciaire a été abandonné, les coûts prohibitifs étant difficiles à encaisser pour des individus. Mais durant le débat de 2011 autour de l’affaire, M. Rousselle a amassé quantité d’informations à propos du déroulement des procédures. On peut facilement s’imaginer qu’il ait considéré que ce serait une perte de ne pas les rendre publiques, puisqu’elles concernent une institution publique, l’Université acadienne.

Pris en flagrant délit lance donc l’affaire dans la cour de l’opinion publique, plutôt que dans celle des affaires judiciaires. Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de ce processus de sélection, le livre offre des informations qui n’auraient pas été dévoilées au grand public et elles n’auraient pas été connues autrement.

Chose certaine, le livre de Serge Rousselle devrait provoquer à l’Université de Moncton un examen de conscience sur la culture de gestion qui y prévaut. Le Conseil des gouverneurs est-il absolument convaincu qu’il est essentiel à la bonne marche de l’université qu’il y ait tant de précautions à prendre pour ne pas partager les informations soumises à son processus de décision? Pourquoi l’Université de Moncton n’opterait-elle pas pour une plus grande transparence de son processus décisionnel? Jusqu’à maintenant, les arguments pour justifier la «confidentialité» des discussions ne sont pas très convaincants et ils relèvent d’une culture de gestion dépassée, surtout en considérant qu’il s’agit d’une université financée en grande partie par des deniers publics. En ce sens, l’Université de Moncton devrait rester près de sa communauté, en l’informant complètement et sans retenue, en un mot en étant transparente, en quatre mots, tout à fait transparente.