En perte de pouvoir

On ne peut pas dire que le premier ministre Stephen Harper s’est arrêté très longtemps pour choisir le remplaçant de Keith Ashfield. Il a remis Rob Moore à un poste de ministre d’État responsable de l’APÉCA, là où on avait retrouvé Bernard Valcourt lorsqu’il avait accédé au cabinet des ministres du Canada. Nous n’avons plus deux ministres séniors au cabinet. En ce sens, nous sommes en perte de pouvoir.

Comme Rob Moore avait déjà été ministre d’État, mais qu’il n’avait pas été retenu par le premier ministre Harper après les élections du 2 mai 2011, nous pensions que le chef allait se tourner vers l’un des députés des grandes villes de Moncton ou de Saint-Jean. Mais non. Robert Moore revient comme ministre d’État responsable de l’APÉCA et ministre régional pour le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador qui n’a plus de député du parti au pouvoir depuis que Peter Penashue n’a pas réussi à garder son siège de député à l’élection partielle de mai dernier. Ministre régional, c’est un poste d’influence: les amis du régime frappent à cette porte pour faire débloquer des projets. Rob Moore est-il un ami des régions acadiennes du Nouveau-Brunswick? Si c’est le cas, son amitié pour la communauté acadienne reste un secret bien gardé. Nul doute que l’ex-responsable de l’APÉCA, Bernard Valcourt, aura sans doute un mot important à glisser à propos des régions du nord de la province. L’influence de Bernard Valcourt au cabinet est en croissance: les commentaires sont habituellement favorables à propos de son travail comme ministre des Affaires autochtones et du Développement du Nord canadien.

Le départ de Keith Ashfield ne fera pas une différence énorme pour l’ensemble du Nouveau-Brunswick, bien que les gens de Fredericton perdent un homme influent. Durant son mandat de ministre des Pêches et des Océans, l’industrie du Nouveau-Brunswick n’a pas bénéficié du pouvoir de décision du ministre Ashfield. En fait, durant son mandat comme ministre des Pêches et des Océans, c’est comme si Gail Shea n’avait jamais quitté le poste: M. Ashfield n’a fait que reconduire les décisions qu’elle avait prises. Ce n’est pas par hasard que Mme Shea est de nouveau ministre des Pêches et des Océans: elle n’a pour ainsi dire jamais abandonné le poste…

La communauté acadienne doit certainement se demander à quoi il faut s’attendre de la nouvelle ministre du Patrimoine canadien, Shelly Glover. Bien que certaines agences de presse la présentent comme Franco-Manitobaine, en fait c’est une anglophone qui a fait partie des premières classes d’immersion en français au Manitoba. Son héritage métis, dont elle est très fière, rapporte-t-on, facilitera sans doute ses rapports avec les communautés minoritaires au pays: la discrimination, elle devrait pouvoir la reconnaître et être consciente des ravages qui peuvent en découler. En principe, elle devrait prêter une oreille attentive aux besoins exprimés par la communauté acadienne. En principe.

En ce qui concerne la réforme de l’assurance-emploi, c’est désormais Jason Kenney qui devra tenter de nous convaincre qu’elle a été mise en œuvre dans l’intérêt des travailleurs canadiens. Le nouveau titre du ministère responsable de l’assurance-emploi, celui de l’Emploi et du Développement social, est-il strictement cosmétique ou constitue-t-il un signe de changement de culture du gouvernement Harper? Nous devrions avoir cette réponse assez tôt au cours de la prochaine session parlementaire à l’automne.

On ne peut pas blâmer sévèrement les partis d’opposition de ne pas être impressionnés par le remaniement ministériel. Les postes clés restent entre les mains des ministres à qui Stephen Harper fait confiance depuis le début. Les nouveaux arrivants, sauf peut-être Mme Glover au Patrimoine canadien, héritent de postes relativement discrets, principalement des postes de ministres d’État ou ministres associés. Le changement de cap, s’il doit se produire, viendra du premier ministre lui-même. Le remaniement auquel il vient de procéder nous laisse croire, cependant, qu’il poursuivra dans la même veine: changer le Canada selon ses valeurs et sa vision plutôt que d’être à l’écoute de la majorité des Canadiens.