Le courage de décider

La fermeture non seulement possible, mais probable, de Miramichi Lumber Products, une scierie de la région de Miramichi, remet à l’avant-plan de l’actualité la politique de gestion de la forêt sur les terres de la Couronne. Cent-dix personnes seront mises à pied parce que l’entreprise n’a pas accès à suffisamment de bois pour maintenir son exploitation.

Lundi soir, plusieurs employés de la scierie et quelques sympathisants assistaient à la réunion du conseil municipal de la Ville de Miramichi où la direction de la scierie a présenté son cas. C’est sans peine que le consensus s’est établi au conseil municipal pour demander une réunion d’urgence avec le premier ministre Alward et le ministre des Ressources naturelles, Bruce Nortrup, pour appliquer une solution à première vue assez simple afin de sauver une centaine d’emplois de la région déjà fortement éprouvée par la fermeture des grandes papetières de la région, il y a déjà quelques années, et par la faillite d’Atcon l’an dernier.

Nous écrivons que la solution est assez simple à première vue: essentiellement, selon les gens de la région de Miramichi, il s’agirait d’assurer un approvisionnement de bois suffisant à la scierie. La direction de Maritime Lumber Products affirme qu’elle n’a eu accès qu’à 40 % des quantités de bois qu’il lui faut pour maintenir son exploitation. En 2008, quand la firme finlandaise UPM-Kymmene a cessé ses opérations, elle a dû abandonner les trois permis de coupe de bois sur les terres de la Couronne qu’elle détenait. Ces permis (numéros 2, 3 et 4) couvraient 30 % de la superficie des terres de la Couronne au Nouveau-Brunswick, 939 000 hectares au nord et à l’ouest de Miramichi, selon un document publié en 2002 par le Falls Brook Centre. Selon la liste actuelle des détenteurs de permis, c’est la Fornebu Lumber Company qui détient maintenant les droits de coupe pour les permis numéros 2, 3 et 4. Il s’agit d’une filiale de la société norvégienne Umoe. Les dirigeants de Fornebu Lumber, comme ceux de JD Irving, se défendent bien d’exporter le bois en dehors de la région. Les deux sociétés retournent plutôt l’accusation contre la Miramichi Lumber Products: cette dernière n’est allée chercher que six pour cent de l’allocation de bois qui lui est réservée. Pourquoi? C’est ce qu’on devrait préciser au cours des prochains jours et prochaines semaines.

La scierie de Miramichi a repris du service en mai après plusieurs mois d’inactivité pendant lesquels on croyait bien ne jamais la revoir en service. Les propriétaires initiaux se sont alliés à des investisseurs locaux avec lesquels ils ont préparé un plan de relance de la scierie. La centaine d’emplois directs créés par cette scierie et les trois ou quatre cents emplois indirects qui y sont liés sont importants pour Miramichi.

Selon que vous vous entretenez avec les propriétaires de lots boisés privés ou les grands exploitants, comme Irving ou Fornebu, vous aurez une perspective bien différente du type de gestion des forêts du Nouveau-Brunswick.

Malgré de nombreuses études, des forums de discussions, des consultations et des sommets tenus au cours des dernières décennies, on ne peut pas affirmer que le gouvernement du Nouveau-Brunswick soit arrivé à une approche de gestion adaptée aux réalités, non seulement de l’industrie forestière, mais aussi des communautés qui les habitent et qui en dépendent. Il n’a pas investi pour gérer de plus près cette ressource naturelle pourtant précieuse. Il a plutôt demandé aux sociétés, à qui il offre les concessions de coupe, d’aménager la forêt en fonction d’un plan d’exploitation. Le gouvernement se contente de fixer certains grands paramètres, et, pratiquement sans surveillance digne de ce nom, il laisse les sociétés exploiter les forêts à leur guise. Et celles-ci, parce qu’elles font du travail de gestion et d’aménagement qui serait normalement le rôle de la province, se font rembourser par le gouvernement provincial… Fredericton prétend que c’est tout aussi efficace et que ça coûte moins cher. En d’autres mots, ça coûte moins cher de laisser la bergerie aux loups, ils s’occupent d’élever le troupeau en fonction des besoins de leur appétit. Mais dans de telles conditions, seulement les loups peuvent manger.