La mesquinerie persiste

Quand le budget fédéral a été dévoilé ce printemps, nous avions souligné et dénoncé la volonté du gouvernement Harper de reprendre une bonne partie des fonds fédéraux consacrés à la formation de la main-d’œuvre. L’intention du gouvernement Harper est de dicter aux provinces les priorités en matière de formation de la main-d’œuvre, même si c’est une juridiction provinciale. En d’autres termes, Harper et Flaherty veulent offrir des fonds fédéraux aux provinces pour la formation de la main-d’oeuvre seulement si elles le font selon les critères établis et imposés par le fédéral.

Le motif principal de notre opposition à ce changement imposé par le gouvernement Harper s’ancre dans notre conviction qu’il veut modifier les programmes de formation principalement pour combler les besoins de main-d’œuvre des régions déjà prospères. Le plan du gouvernement Harper en matière de formation de la main-d’œuvre ne ferait qu’accentuer la tendance déjà marquée de réduire les régions comme le Nouveau-Brunswick à un rôle de bassin de main-d’œuvre pour les régions comme l’Alberta, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et le sud-ouest de l’Ontario.

Conscient que les provinces prévoyaient faire front commun pour s’opposer à son initiative, le gouvernement Harper a tenté de provoquer une division en choisissant d’envoyer à trois provinces (Colombie-Britannique, Alberta et Saskatchewan) de «l’information privilégiée». La manœuvre puérile et mesquine n’a pas porté des fruits. Lors de la rencontre des premiers ministres provinciaux dans le cadre du Conseil de la fédération, les provinces rejettent le concept et la vision du gouvernement Harper en matière de formation de la main-d’œuvre et de l’acquisition de compétences.

Tout le monde sait ce que veut le gouvernement Harper en matière de formation. Dans les régions les plus prospères du pays, là où la croissance économique se concentre, on vit une pénurie de main-d’œuvre spécialisée. Harper et Flaherty ont décidé que les fonds fédéraux allaient servir à pallier cette carence de main-d’œuvre spécialisée. Dans le discours du budget en mars dernier, le ministre Flaherty s’est dit déçu des résultats obtenus par les provinces en ce qui touche les programmes de formation financés par le fédéral. C’est le motif exposé pour rapatrier les fonds à Ottawa et imposer les conditions liées au financement fédéral en matière de formation. Le constat du discours du budget fédéral revient à juger les provinces incompétentes en matière de formation.

Qu’est-ce qui changera, si Ottawa persiste à rapatrier les fonds et met en œuvre son programme? D’abord les provinces se voient retirer 300 millions par année. Pour retrouver ces 300 millions, elles devront elles-mêmes investir 300 millions, avec les employeurs de leur province qui devront eux aussi débourser 300 millions. Le nouveau programme fédéral, baptisé Subvention canadienne pour l’emploi, est à frais partagés: pour chaque dollar investi par Ottawa, vous l’aurez compris, les provinces doivent mettre le leur et le secteur privé le sien. Non seulement le nouveau programme force les provinces et les entreprises à participer au financement, mais maintenant c’est Ottawa qui fixe les critères. Selon l’entente actuelle, qui prendra fin en mars, les fonds sont distribués aux provinces qui décident de leur priorité en matière de formation de la main-d’œuvre.

Comme l’ont rappelé les premiers ministres provinciaux, la situation de l’emploi, les besoins et le profil de la main-d’œuvre diffèrent d’une province à l’autre. Un programme qui tenterait d’uniformiser la formation partout au pays pour avoir accès aux fonds fédéraux ne répondrait pas aux besoins variés et distincts des provinces et de leur secteur privé respectif.

Jason Kenney, le ministre qui a remplacé Diane Finley sur le dossier, n’a manifesté aucune ouverture d’esprit: il se donne comme mission de convaincre (ou de forcer) les provinces à accepter ce programme, développé en catimini par Ottawa sans consultation avec les provinces. Difficile de considérer que les provinces sont partenaires quand le message central du gouvernement Harper se résume à «notre argent n’est disponible qu’à nos conditions».