Une autre saison difficile

En jardinage, on dit qu’il ne faut pas s’étonner d’obtenir les mêmes résultats si l’on procède toujours de la même manière. Pour obtenir de meilleurs résultats, il faut évidemment adopter de nouvelles méthodes et retenir celles qui produisent les meilleurs résultats. Vous jugez sans doute que c’est l’évidence même…

Appliquée au monde de la pêche du homard, tout évidente que cette approche puisse être, il est très difficile de l’adopter rapidement. Les facteurs qui entrent en jeu sont complexes, les partis impliqués sont nombreux et diversifiés alors que les résultats d’un changement de pratiques ne sont pas tout aussi prévisibles qu’on le souhaiterait.

Depuis un an, nous avons souvent traité de la pêche du homard en général et de la situation particulière de la pêche dans le sud-est de la province. Il ne faut pas s’en étonner, pour les communautés maritimes de la côte est de la province, en grande majorité des communautés acadiennes, la pêche du homard constitue un pan important de l’activité économique locale, une autre évidence.

À la veille de l’ouverture d’une nouvelle saison de pêche, le climat est encore tendu. La nature de la tension est différente de l’an dernier. En 2012, les manifestations et les confrontations qui exprimaient le ras-le-bol des pêcheurs ont très certainement attiré l’attention de la classe politique. Les rencontres se sont multipliées, on a fini par faire preuve de bonne volonté, mais sur le plan financier la saison 2012 s’est avérée en fin de compte désastreuse. Cette année, la tension est engendrée par l’incertitude des marchés, des marchés dont on devine l’état: le prix, dans le meilleur des cas, sera semblable à l’an dernier. Au Maine, les pêcheurs ont déjà vu leurs prises payées de vingt-cinq à cinquante cents de moins la livre. La perspective est donc sombre.

Les pêcheurs du Nouveau-Brunswick, selon les déclarations de ceux qui ont bien voulu se confier au journal, tentent de s’adapter. Hier matin, dans l’article de Jean-Marc Doiron, on a pu comprendre que cette adaptation passe par un changement des parcours en mer pour économiser de l’essence, par le rationnement des quantités d’appât dans les casiers, et on pourrait ajouter la réduction de la vitesse de croisière toujours dans le but d’économiser l’essence. Les pêcheurs du Nouveau-Brunswick ont aussi demandé que la taille minimale des captures soit augmentée, une mesure souhaitable et bénéfique. Ils se sont toutefois butés à l’entêtement des pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard qui ont l’oreille de la ministre des Pêches et des Océans. Gail Shea a préféré prendre une décision motivée par des considérations électoralistes plutôt que de considérer les avantages et les bénéfices pour l’ensemble de l’industrie dans le cas d’une décision basée sur des faits tant biologiques qu’économiques. C’est très décevant de sa part. Bien sûr, on ne peut douter que les pêcheurs de l’Île lui ont bien fait sentir les conséquences électorales d’une décision qui ne leur plairait pas.

Sur le plan d’une stratégie électoraliste, il est maintenant un peu tard pour Mme Shea de prendre une décision courageuse: d’ici les prochaines élections, les bienfaits des changements nécessaires risquent de ne pas avoir eu le temps de se matérialiser. Par contre, si la décision avait été prise en 2010, il y aurait plus de chances que les pêcheurs constatent aujourd’hui les résultats positifs d’une nouvelle approche de gestion à la pêche du homard, tant sur le plan de la date d’ouverture de la saison que sur le plan de la taille minimale des captures commerciales.

Tant du point de vue commercial que biologique, la pêche est régulièrement assujettie à des cycles. Le prix au débarquement varie selon les conditions du marché et l’humeur ou la capacité d’achat des consommateurs. L’état des stocks de homard, et par conséquent le niveau des captures, varie d’une décennie à l’autre. Toutefois, en usant d’un brin d’ingéniosité et d’ouverture d’esprit au changement, on pourrait considérablement changer l’impact et la fréquence de ces cycles quand ils sont négatifs. Jardinons la mer autrement.