L’emploi, le pétrole et la politique

Les circonstances de la visite du premier ministre Stephen Harper au Nouveau-Brunswick ne pouvaient pas mieux s’aligner pour insuffler un vent d’optimisme sur la province: 4000 nouveaux emplois se sont ajoutés en juillet selon les données révélées par Statistique Canada, l’Oléoduc Énergie Est en ajouterait des milliers d’autres et devrait engendrer un peu de prospérité au Nouveau-Brunswick. C’est certainement le message que la classe politique au pouvoir, à Fredericton et à Ottawa, voudrait que l’on retienne. Perspective positive ou optimisme délirant, c’est notre dilemme.

Commençons par la création des 4000 emplois créés au Nouveau-Brunswick en juillet. La bonne nouvelle, pour une fois, c’est que notre province se retrouve au nombre des quelques provinces au Canada, avec l’Alberta et la Saskatchewan, où de nouveaux emplois ont été créés. Mais tempérons l’enthousiasme: 60 % (2400) des 4000 emplois créés sont des emplois à temps partiel. Parmi les 1600 emplois à temps plein créés en juillet, le rapport de Statistique Canada ne précise pas si ces emplois sont saisonniers, donc temporaires, ou permanents. Si les preneurs à gages prenaient des paris sur le type d’emplois créés, parier sur des emplois temporaires ou permanents, ceux qui miseraient sur des emplois temporaires courraient définitivement plus de chances de gagner leur pari…

À l’échelle du pays, la nouvelle n’est pas non plus très réjouissante: 39 000 emplois ont été perdus au Canada en juillet. La majorité des emplois perdus au pays sont le résultat des compressions des gouvernements: l’entreprise privée a maintenu le niveau de ses emplois, alors que les pertes d’emploi sont dues à des compressions de personnel dans le domaine de la santé et des services sociaux. Autres victimes des compressions budgétaires des gouvernements, le secteur des loisirs et de la culture, habituellement dépendant des subventions gouvernementales qui ont diminué. Quand on compare la situation de l’emploi au pays, cette année par rapport à l’an dernier, on peut se vanter, comme l’a fait le premier ministre Harper devant ses partisans à Moncton, que depuis un an l’emploi a été en croissance. Les statistiques démontrent toutefois que le rythme de création d’emplois a diminué depuis six mois. D’une moyenne mensuelle de 27 000 emplois par mois, nous en sommes maintenant à une création mensuelle de 11 000 emplois en moyenne depuis six mois. C’est un signe que la création d’emplois est en baisse constante dans plusieurs provinces, et que l’augmentation des emplois est l’apanage de seulement quelques provinces, la principale, évidemment, étant l’Alberta, suivie de près par la Saskatchewan, toutes deux bénéficiant des retombées de leurs ressources pétrolières.

Ce moteur économique, qu’est le secteur énergétique et des ressources naturelles pour les Prairies, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve, le premier ministre Alward n’est pas le seul à souhaiter pouvoir le développer. Le Québec, déjà favorisé par ses ressources en eau utilisées pour la production d’électricité et son secteur des minéraux, a flirté avec le gaz de schiste et il rêve peut-être que le golfe du Saint-Laurent pourrait regorger de pétrole.

De la même façon que l’industrie pétrolière du Nouveau-Brunswick profite principalement à la ville de Saint-Jean où les activités du groupe Irving sont concentrées, l’industrie pétrolière canadienne profite principalement à l’Alberta et la Saskatchewan, et dans une moindre mesure à Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse (qui font toutes deux partie des provinces ayant perdu des emplois en juillet). L’impact économique du secteur pétrolier est tellement important que son essor masque le fait que plusieurs secteurs économiques du Canada sont en perte de vitesse et en arrachent.

Par les temps qui courent, les discours politiques ne tirent des statistiques sur l’activité économique que celles qui font miroiter un aspect positif de notre situation collective, tant au pays qu’ici au Nouveau-Brunswick. On n’a pas à pousser l’analyse très loin pour se rendre compte que la situation n’est pas aussi rose que celle vue par les lunettes partisanes de ceux qui veulent nous faire croire qu’ils ont la situation bien en main.